Le sort des paysans annonce le nôtre

Le document fédéral «Vue d’ensemble du développement à moyen terme de l’agriculture suisse» annonce le démantèlement prochain des protections douanières en matière agricole. En d’autres termes, pour assurer notre subsistance à l’avenir, il nous faudra tabler non plus sur notre agriculture indigène, désormais trop coûteuse, mais sur des traités de libre-échange avec des Etats qui produisent moins cher que nous. C’est en tout cas la conviction du Conseil fédéral, pressé de signer un accord de ce genre avec le Paraguay, l’Uruguay, le Brésil et l’Argentine, grands producteurs de viande, de fruits et de céréales.

En soumettant l’agriculture suisse à une compétition économique impossible, le Gouvernement fédéral la condamne à disparaître. Il n’y a là nulle décision politique, seulement une révérence aveugle à l’égard de l’idéologie mondialiste et une plate soumission aux pressions des milieux économiques et des grands Etats exportateurs. Peu importe notre sécurité alimentaire, peu importe la disparition des exploitations agricoles traditionnelles, peu importe la fin d’une classe sociale qui nous rattache à la terre!

Prenons un peu de recul: pourquoi ces mécanismes de libéralisation ne toucheraient-ils que l’économie agricole? Et si le gouvernement fédéral décidait que la paix du travail est contraire aux intérêts des patrons innovants et des employés dynamiques, que les conventions collectives sont des barrières douanières camouflées, que les mesures d’accompagnement ne font que retarder l’affrontement avec la réalité du XXIe siècle et que l’action syndicale est un «corporatisme d’un autre âge» qui empêche la lutte économique de tous contre tous, seule capable de faire baisser les prix?

Et si ce même gouvernement jugeait opportun d’ouvrir nos frontières à des entreprises sans domicile fixe, pratiquant la sous-traitance en cascades, écrasant les petites et moyennes entreprises respectueuses des usages? Et s’il décidait encore d’autoriser ces entreprises de nulle part à payer leurs ouvriers, annoncés frauduleusement comme «indépendants», en dessous des tarifs suisses minimaux?

Et s’il jugeait que l’exigence d’un diplôme pour enseigner, plaider ou exercer la médecine n’est pas autre chose qu’une entrave technique au commerce, et l’obligation de respecter la déontologie des professions libérales, une astuce protectionniste dépassée?

Et s’il proposait, enfin, de remplacer les différences entre les législations cantonales, qui compliquent terriblement le libre jeu du «laisser faire, laisser passer», par une loi fédérale unique, calquée sur les normes européennes et mondiales?

La manière dont on traite les paysans est un avertissement: c’est à terme l’ensemble de l’ordre politique, économique et social de la Confédération qui est en jeu.

(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 20 mars 2018)

Mardi 20 mars 2018
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10.12.2018 - 20:55