De l’engagement en politique

On reconnaît le citoyen qui s’engage en politique pour l’argent ou la gloire à cela qu’il s’accroche au pouvoir jusqu’à sa mort, électorale ou clinique. S’il le faut, il est prêt à changer d’arrondissement, de parti ou d’idéologie. Il résiste aux pressions des amis qui voudraient se goinfrer à sa place. Il survit à tous les échecs, bruits et autres affaires.

Le politicien ordinaire, lui, entre en politique pour promouvoir ses idées, de droite, de gauche ou d’ailleurs. Il se fait élire au parlement pour transformer ces idées en lois et en faire profiter l’ensemble de la population. Il œuvre un certain temps, obtient l’un ou l’autre succès, échoue aussi, bien entendu. Il décroche au bout de dix ou quinze ans, justifiant son départ par l’une des nombreuses formules standard à disposition: «J’ai besoin de prendre un peu de distance»; «Je retourne à la médecine (à l’enseignement, au barreau, à l’écriture…)»; «J’ai fait mon temps, place aux jeunes» (jeunes, mais surtout concurrents, qu’il se gardait bien de soutenir au temps de sa splendeur); «J’ai de nouveaux défis à relever»; «Je laisse une situation impeccable à mon successeur»; etc.

La politique ne serait-elle donc que l’art d’utiliser le pouvoir pour satisfaire ses besoins ou faire triompher ses idées personnelles? Nous croyons qu’elle est infiniment plus.

La politique, c’est à la fois une science, une morale et un art. La science, c’est la connaissance du pays, de sa population, de ses usages, de son histoire, de sa géographie. Même le simple électeur a besoin de cette science-là. L’école devrait y veiller. La morale, c’est la nécessité de rechercher le bien commun du pays à long terme, sa paix sociale, la diversité de son économie, l’équilibre entre ses régions, sa défense face aux autres Etats. L’art, c’est l’harmonisation, la synthèse, toujours à recommencer, des personnes libres, des familles et des corps intermédiaires autonomes. C’est la protection des mœurs communes qui cimentent cette unité.

En résumé, la connaissance du pays permet de déterminer les conditions de l’action politique possible. Le bien commun constitue la finalité permanente de cette action, quels que soient les désordres internes ou les menaces provenant de l’extérieur. L’art en est la réalisation concrète, par un recours proportionné aux instruments étatiques, à l’autorité personnelle et à l’imagination.

Sous cet angle, le politicien doit en toute chose faire passer le bien commun avant son bien propre. Pour le dire plus aimablement, il faut qu’il s’habitue à trouver son bien individuel dans celui de la communauté. Cette communauté, c’est son affaire. Il respire, souffre et fête à travers elle. En un mot, «l’Etat, c’est lui». Aussi s’efforce-t-il d’assurer la continuation de la tâche après qu’il sera parti.

(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 17 avril 2018)

Mardi 17 avril 2018
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10.12.2018 - 20:27