Savatan et l’esprit de corps

Depuis plusieurs années, les mouvements d’extrême-gauche et certains médias de Suisse romande font la guerre à la police en général et au colonel Alain Bergonzoli, directeur de l’Académie de police de Savatan, en particulier. Ces derniers temps, le caillassage médiatique est devenu à peu près permanent. Il couvre des pages entières de la presse dite «d’information», au point qu’il est difficile de ne pas penser à une volonté délibérée de démolir l’institution et celui qui l’incarne. Se trouvera-t-il un média non conformiste pour remonter la piste?

Les griefs vont de l’inadéquation de la formation des agents genevois (!) au caractère peu fédéraliste du badge «Gendarmerie-Police Suisse» en passant par la discrimination à l’égard des femmes, la violence des exercices et le manque de préparation des troupes à l’approche psychologique. C’est dire qu’on ratisse large. Plus d’un policier juge ces griefs excessifs, dépassés, voire infondés.

Un reproche récurrent est celui de la «militarisation» de la formation des aspirants, illustrée par la levée quotidienne du drapeau, les chants martiaux, la marche au pas et l’intransigeance de la discipline. On ne va pas contester cet aspect militaire. Mais celui-ci s’explique parfaitement par sa finalité, qui est de créer un esprit de corps indéfectible entre ces professionnels du maintien de l’ordre.

L’esprit de corps a pour effet premier que chaque policier renforce son propre engagement de l’engagement des autres. Il donne aussi, à chaque membre du corps, la garantie morale qu’il ne sera jamais lâché au cours d’une opération: chaque agent est prêt à sacrifier son intégrité corporelle pour accomplir la mission et, dans le même esprit de service, protéger son camarade.

C’est aussi une question d’efficacité. Lors d’une intervention urgente sur le terrain, la concertation argumentée n’est plus de mise. Les gestes des intervenants doivent être à la fois instantanés et coordonnés. La discipline et la routine de type militaire sont seules à même de créer les dispositions psychologiques et physiques nécessaires à une telle action collective.

Accessoirement, l’esprit de corps permet aux policiers de supporter les lâchages occasionnels des autorités politiques et l’hypocrisie d’une société qui les envoie au casse-pipe tout en leur reprochant de faire leur travail.

L’esprit de corps peut déborder de son cadre, certes, au point que les intérêts propres de la police priment à ses yeux sur l’intérêt général. Il appartient à son chef d’éviter la dérive de «l’Etat dans l’Etat» et de maintenir l’esprit des troupes sur la ligne de crête. Il le fera d’autant mieux si leur travail est reconnu à sa juste valeur, notamment qu’on les dispense des attaques mesquines contre leur difficile métier et ceux qui les y préparent.

(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 1er mai 2018)

Mardi 1er mai 2018
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10.12.2018 - 21:07