Les dégâts non chiffrables d’une fusion communale

Cette commune d’environ 380 habitants doit-elle fusionner avec sa grande voisine? Les motifs ne manquent pas: une grande commune offre plus de prestations, les bureaux sont ouverts plus longtemps, on reçoit (pour l’heure) plus d’argent de l’Etat. Mais les chiffres et considérations pratiques auxquels les experts réduisent le débat occultent d’autres réalités, à commencer par le fait que la petite commune, bien rôdée, ne fonctionne pas si mal. C’est important, et ce n’est pas tout.

La commune partenaire compte 5500 habitants. C’est dire que la fusion sera en réalité une absorption et que les tractations ne porteront que sur des détails. En soi, ce n’est pas choquant, mais cela signifie que, même si la commune absorbée peut espérer être bien traitée, ce ne sera pas elle qui décidera du traitement. Elle perdra son autonomie, déjà étroitement circonscrite par ses limites financières et les intrusions continuelles de l’administration cantonale: son statut sera désormais celui d’un quartier périphérique. Cette dégradation n’est pas quantifiable, mais elle est incontestable: une perte d’autonomie collective limite forcément le champ d’exercice de la liberté individuelle.

Le Conseil général compte trente-cinq membres. Le plus âgé a septante-huit ans, le plus jeune, vingt. Ce dernier n’est pas le moins opposé à la fusion. Ils se réunissent trois ou quatre fois par année. Ils prennent des responsabilités dans des commissions communales et intercommunales. Ils règlent mille questions dans les domaines des bâtiments, des routes, des eaux et des forêts. Il y a cinq ans, ils ont décidé, contre l’avis du Canton, de conserver la maîtrise de l’épuration des eaux, un chantier de plus de 2,5 millions de francs, assumé en collaboration avec une commune voisine, chacune contribuant en proportion de sa population. Maîtrise et proximité: cette mise en valeur des talents locaux disparaîtra avec la fusion, car seuls quatre ou cinq citoyens de l’ancienne commune feront partie des autorités. On se privera ainsi des services bénévoles d’une trentaine de bonnes volontés qui s’engagent pour la chose publique et la rendent plus proche de la population. C’est une désertification de la vie collective, une perte de substance politique pour la société.

Dans la commune actuelle, les questions se traitent assez sereinement. Pas de clans, pas de conflits personnels, pas d’affrontements entre ceux du bas et ceux du haut. Entrant dans la grande commune, la petite entrera aussi dans le système des partis. Le moindre problème deviendra l’occasion d’affrontements idéologiques inutiles et diviseurs. L’intérêt général sera concurrencé par les intérêts partisans, sans parler du temps consacré aux joutes électorales.

C’est aussi sur cela que le Conseil général de la commune d’Essertes se prononcera à la fin du mois.

(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 8 janvier 2019)

Mardi 8 janvier 2019
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22.08.2019 - 09:22