La querelle des anciennes et des modernes

L’affaire Weinstein a déclenché un feu roulant de dénonciations concernant non seulement les agressions sexuelles proprement dites, mais aussi les gestes ambigus et les allusions grivoises que certains hommes se permettent à l’égard des femmes. Des réputations et des carrières masculines ont été brisées, car cette justice populaire ne fait pas dans le détail.

Il y a une année, une centaine de femmes réagissaient dans une tribune publiée par Le Monde: «Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.» Elles ne plaidaient pas pour la femme aux fourneaux. Ce sont des féministes acquises à la libération sexuelle. Elles considèrent simplement que l’égalité des sexes est aujourd’hui une réalité et que les femmes sont autonomes depuis qu’elles accèdent librement à la contraception et au monde du travail. Cette égalité doit être vécue dans la liberté, comme un combat d’égal à égal. Si le dragueur va trop loin, il se fait moquer de lui, rabrouer, ou plus. Mais une main baladeuse ne les gêne pas, si la balade s’annonce plaisante.

La relation de l’homme et de la femme est un combat, chacun tente sa chance… et que le meilleur gagne! C’est le néo-libéralisme amoureux. Elles considèrent «balance ton porc» ou «metoo» comme l’expression d’un victimisme déplacé, provenant de femmes qui, au fond, réaffirment leur statut d’inégales par rapport au macho. Elles n’acceptent pas non plus le soupçon méthodique à l’égard de l’homme, dans lequel elles discernent un nouveau puritanisme.

On les a accusées de faire obstacle, par leur frivolité individualiste de privilégiées, à la vague purificatrice qui doit balayer l’ancien monde patriarcal, avec ses usages inégalitaires, ses préjugés et son humour déplacé. Car il ne s’agit pas de rectifier ici ou là un monde organisé autour de la domination de la femme par le mâle. Il s’agit de le déconstruire de la cave au grenier.

Cette opposition illustre les problèmes que pose le combat égalitaire. L’égalité est-elle au début – version libérale –, comme une possibilité offerte à tous, ou à la fin – version collectiviste –, comme un impératif à imposer? Représente-t-elle l’expression la plus parfaite de la nature humaine ou exige-t-elle, au contraire, qu’on lutte contre la nature? La notion même de nature n’est-elle pas, d’ailleurs, un piège de l’homme pour maintenir les femmes dans un statut qui l’avantage?

Le débat ainsi posé ne permet guère de trouver une solution acceptable pour tout le monde, en particulier pour toutes les féministes. Peut-être est-ce parce qu’il n’y a, en réalité, pas de «cause des femmes» séparée des hommes, ni de complot des hommes contre les femmes, mais une cause commune, communautaire, qui devrait les réunir dans un même combat.

(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 22 janvier 2019)

Mardi 22 janvier 2019
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22.08.2019 - 09:26