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Actualités  |  Mardi 21 mai 2013

De la morale individuelle à la morale politique

L'affaire Cahuzac, doublée de l'affaire Guéant, a déclenché une fièvre de moralisation au sommet de l'Etat français. Le président Hollande a annoncé des mesures draconiennes: obligation pour les élus de déclarer leur patrimoine; création d'une police fiscale aux pouvoirs étendus et d'un parquet chargé de la lutte contre la fraude et la corruption; extension de la notion de conflits d'intérêt; aggravation des peines.

Le risque de ces mesures, c'est de faire souffrir les gens ordinaires et sourire les authentiques fraudeurs, toujours en avance d'une astuce sur la police. Elles n'auront guère d'effet non plus sur les autres scandales que la presse satirique dénonce régulièrement, des emplois fictif aux promesses non tenues en passant par les enfants cachés des présidents. Le Canard enchaîné a du pain sur la planche pour les cent prochains siècles.

La vénalité, le mensonge, la débauche relèvent du comportement moral et pénal individuel. Sur ce point, les politiciens ne diffèrent en rien du simple citoyen. Tout au plus leur exemple douteux est-il susceptible de dévoyer plus de monde.

Il existe en revanche une forme de morale qui, elle, s'impose spécifiquement au politicien. C'est, si l'on veut, sa morale professionnelle, sa déontologie. C'est une morale étalonnée en fonction du bien de la communauté nationale comme telle, du bien commun, qui est la finalité propre de la politique.

Agir pour le bien commun, c'est, notamment, développer l'amitié entre les personnes et les groupes qui constituent le pays. C'est garantir l'indépendance de l'Etat, pour que l'autorité légitime puisse gouverner, arbitrer les conflits et administrer la justice selon les mœurs indigènes. C'est entretenir une force armée qui garantisse cette indépendance et protège la population.

En ce sens, l'homme d'Etat immoral, c'est celui qui, par idéologie ou visées électorales, sème la division dans le pays. C'est celui qui refuse de défendre sans concession l'intérêt national par crainte d'encourir la réprobation ou les moqueries des puissants de ce monde. C'est celui qui se plie servilement à leurs exigences les plus humiliantes, trop fier d'avoir osé traîner les pieds durant six mois. C'est celui qui se comporte en toute occasion comme si les diplomates étrangers étaient plus intelligents et plus honnêtes que les nôtres. C'est celui qui se désolidarise de ses prédécesseurs parce qu'ils n'étaient pas conformes au politiquement correct d'aujourd'hui. C'est aussi celui qui brade l'armée sous prétexte qu'elle coûte trop cher et qui fait semblant de croire qu'il n'y aura plus jamais de guerre.

De tels hommes d'Etat peuvent bien être vertueux sur le plan personnel, ils n'en sont pas moins incomparablement plus immoraux et politiquement nuisibles que ce pauvre M. Cahuzac. Le paradoxe, c'est qu'ils s'en vantent, au nom de la solidarité, de l'ouverture… et de la morale.

(Olivier Delacrétaz, 24 heures, 21 mai 2013)