La Riponne est comme elle est

Jean-François Cavin La Nation n° 2086 22 décembre 2017

Il est inutile de se donner trop de mal pour améliorer la place de la Riponne et d’y consacrer de l’argent que la Ville n’a pas. Cette place, en effet, ne sera jamais belle, à cause des constructions qui l’environnent.

On lit ces temps-ci – la Municipalité voulant déployer de grands efforts, à grands frais, pour la modifier – que seul le Musée Arlaud présente une certaine valeur architecturale. Ce n’est pas exact. Le bâtiment cantonal sis au nord de la place est un bel édifice. Mais l’ensemble souffre d’un hétéroclisme irréparable: le Palais de Rumine en style florentin revisité dans le pompeux; le bâtiment où siège Unia dessiné à l’ancienne avec grand toit et arcades (qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le quartier); les immeubles sans âme de l’ouest, au milieu desquels la belle pierre de la chapelle méthodiste campe un style néo-on-ne-sait-quoi; au nord donc cette ample construction dans le bon goût rectangulaire de la seconde moitié du XXe siècle: rien ne va avec rien.

De plus, sur trois côtés, les constructions sont éloignées de la place elle-même, ce qui en brouille la compréhension: au couchant, la rue du Tunnel sépare la Riponne – dominée par cette chaussée – des bâtiments qui la longent, et l’accès au garage souterrain (qu’on ne va pas supprimer!) élargit encore cette zone de transit; au nord, l’immeuble cantonal est en retrait, derrière la terrasse du restaurant et le passage commercial surélevé; au levant, le palais de Rumine lui-même n’est pas en accès direct depuis la place, mais au bout d’une importante rampe d’escaliers et derrière des colonnades. Les belles places que l’on connaît, en Italie bien sûr, à Prague ou à Budejovice, à Bruxelles, à Paris place des Vosges ou place Vendôme, à Toulouse, à Thoune – et à la Palud! – sont bordées de bâtiments de plain-pied qui les délimitent nettement et leur donnent leur signification citadine. (On ne parle pas ici des places arborisées, devenant squares ou parcs; il n’en est pas question à la Riponne, seul vaste espace en pleine ville où l’on puisse organiser des manifestations d’envergure; ce qui exclut aussi l’idée de l’incliner, comme cela a été proposé, à l’image de la merveille de Sienne).

Il est rassurant de constater que les urbanistes interrogés par 24 heures (édition du 11-12 novembre) n’imaginent pas de grands changements, mais se bornent à plaider pour l’amélioration de la qualité du sol (ne craignons pas un beau minéral!), le maintien d’une intelligente multifonctionnalité, la préférence donnée à des équipements mobiles.

La Riponne n’a jamais été une vraie place de ville. Dans le passé, c’était, aux confins de la cité d’en bas, un champ de foire où les paysans venaient vendre le produit de leur terre et de leur élevage, et où les chevaux patientaient (ô la muette patience du cheval attendant son maître attardé à la pinte!) jusqu’à l’heure du retour. Le marché bihebdomadaire en perpétue savoureusement le souvenir. L’erreur monumentale – c’est le cas de dire – a été l’édification du Palais de Rumine, sur le plan urbanistique plus qu’architectural. Tant de superbe sur le rendez-vous des paysans! On corrige rarement les erreurs du passé. Elles sont parfois un tremplin qui aide à rebondir; ici, on ne voit guère comment. A quelques retouches près, laissons la Riponne comme elle est, témoin bien maladroit de cette paysanne qui a fait ses humanités.

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