Face à l’islam, chacun son rôle

Olivier Delacrétaz
Editorial
La Nation n° 2103 17 août 2018

Théologiquement, l’islam et le christianisme sont incompatibles: le Dieu unique en trois personnes, le Christ, fils de Dieu de toute éternité, sa mort en croix, sa Résurrection et son rôle d’intercesseur sont autant d’incongruités et de blasphèmes pour un musulman. Sur ces points fondamentaux, et sur tous ceux qui en découlent, il n’y a, d’un côté comme de l’autre, aucune transaction possible. Il revient à l’Eglise d’assumer publiquement ces incompatibilités et de les rattacher aux vérités ultimes qui les fondent.

Les mœurs et les lois islamiques n’apparaissent pas très compatibles non plus avec les nôtres. Les musulmans ne conçoivent ni les relations familiales ni les relations politiques comme nous le faisons. Ces différences sont d’autant plus marquées que, contrairement au christianisme, la religion musulmane ne connaît pas la distinction entre le spirituel et le temporel, balançant sans cesse entre les deux extrêmes de la séparation et de la fusion. Cela donne à ses exigences comportementales et aux lois qui les expriment un poids d’absolu, mais aussi une marge d’imprévisibilité étrangers à la perspective chrétienne.

Au fur et à mesure que le nombre des musulmans augmentera sur notre sol, leurs demandes d’adaptation des règlements scolaires, des fêtes religieuses, des lois elles-mêmes apparaîtront moins illégitimes. De fait, il serait assez bizarre de demander à un enseignant de fêter Noël ou Pâques avec une classe de l’Ouest lausannois qui compterait une majorité d’élèves musulmans, deux bouddhistes et cinq laïques.

Le travail du politique est de défendre le pays, ses réalités particulières et son ordre interne. Cet ordre repose principalement non sur ses lois et règlements, encore moins sur les termes standards, si souvent utilisés sans effet, d’égalité, de tolérance ou de respect, mais, comme nous ne cessons de le dire, sur les liens identitaires profonds, ancrés dans l’histoire et le territoire, qu’entretient, dans le quotidien comme dans le temps long, la communauté de langage, de mœurs et de mentalités. Le politicien a pour tâche première de protéger ce capital humain, notamment en empêchant que ne s’étendent sur son territoire les groupes religieux dont les mœurs sont inconciliables avec les nôtres.

Soit dit en passant, ce que nous venons d’écrire nous place à la pointe de la correction politique. Alors qu’il y a peu, en effet, le multiculturalisme représentait l’aboutissement de la lutte antiraciste, on lui reproche aujourd’hui de déboucher sur une «appropriation culturelle» qui nie la spécificité irréductible de chaque culture traditionnelle. En réalité, estiment les nouveaux antiracistes, on ne peut parler correctement que de sa propre culture; le multiculturalisme est une intrusion coloniale, pour ne pas dire une forme larvée de racisme. C’est aussi, pour une part, ce que nous pensons. Nous y reviendrons.

Le simple citoyen, lui, est naturellement porté à rendre service à son voisin, à charge de revanche. Le fait que celui-ci soit musulman joue un rôle marginal dans l’échange des bons procédés de tous les jours: jeter un coup d’œil sur sa maison ou son appartement durant son absence, y faire du baby-sitting, conduire ses enfants avec les siens propres à l’école, lui rapporter des commissions ou des médicaments. Il en va de même avec ses collègues de travail. Ce faisant, ce simple citoyen se comporte comme un homme normal.

En d’autres termes, l’attitude à l’égard de l’islam et des musulmans n’est pas la même si vous êtes un homme d’Eglise en charge du dépôt de la foi, un politicien responsable de la paix et de l’ordre, ou un individu ordinaire appelé par le hasard à coexister avec des gens qui ne partagent pas votre foi.

Le désordre commence quand l’Eglise refuse la confrontation avec les autres religions et se réfugie dans un vague discours sur «le sacré» nappé d’une sentimentalité moralisante à prétention compassionnelle. Le désordre s’accroît quand cette même Eglise conteste publiquement au politicien le droit – le devoir – de recourir à ses moyens de contrainte ordinaires, législatifs et policiers, voire militaires, pour défendre le pays et assurer la vie ou la survie des mœurs indigènes et le respect des lois.

Le désordre s’étend quand le politicien invoque sa sensibilité personnelle pour esquiver des décisions politiques difficiles concernant la maîtrise du flux migratoire, quand il se contente de faire profil bas jusqu’à la fin de son mandat en attendant de transmettre le fardeau à son successeur, lequel se prépare à faire de même.

Et le désordre déborde quand le simple citoyen invoque sa religion ou sa patrie pour rejeter ses voisins ou collègues musulmans et qu’il se fait réprouver par les deux premiers parce qu’il fait – d’une façon déplaisante et inefficace, puisque ce n’est pas son rôle – ce qu’eux-mêmes devraient faire et n’osent pas.

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18.11.2018 - 04:30