Eschatologie et alarmisme écologistes

Alain Mermoud La Nation n° 2083 10 novembre 2017

L’écologiste est généralement alarmiste. Il développe son argumentation autour de nouvelles effrayantes et culpabilisatrices, souvent prétexte à des politiques mondialistes et centralisatrices déjà évoquées dans La Nation1. Le second film d’Al Gore, Une suite qui dérange : le temps de l’action, présenté cette année au Festival du Film de Zurich, se situe dans cette veine. Cette eschatologie écologique hollywoodienne réchauffe – à défaut du climat – la recette qui avait permis au vice-président de Bill Clinton de décrocher deux Oscars et un prix Nobel de la Paix en 2007 avec son premier film Une vérité qui dérange. Celui-ci annonçait les effets du réchauffement climatique, présentés comme des signes précurseurs de la fin des temps, tout en glorifiant la venue du «Messie vert» Al Gore, reconverti pour la bonne cause – il n’y a pas de petits profits – dans l’économie verte et le négoce de certificats d’émissions de CO2.

Bonnes nouvelles écologiques

L’alarmisme écologiste culpabilisant se concentre aujourd’hui autour du réchauffement climatique. Il relègue ainsi d’autres marottes écologistes – ancêtres de l’emballement actuel – au second plan. Citons par exemple le trou de la couche d’ozone, la pollution de l’air et de l’eau, ou encore la déforestation – ces autres signes de l’imminence d’une éco-apocalypse anthropogène dont l’écologiste nous a alarmés, à des intensités variables, dès les années 1970. Les dernières recherches montrent que le trou de la couche d’ozone est en passe d’être «rebouché»2. Le remplacement rapide du moteur à combustion par des véhicules électriques va limiter les émissions de CO2 et de particules fines3, ce qui devrait encore améliorer la qualité de l’air. Les lacs suisses sont aujourd’hui si propres que les poissons n’ont plus assez de phosphore, nutriment essentiel à leur vie4. Nos forêts grandissent depuis plus de 150 ans alors qu’un alarmisme répété dans les années 1980 leur prédisait une mort assurée, notamment en raison de la construction des autoroutes (sic)5. Rappelons également qu’en 1974 le magazine de référence Time avait consacré un article à une autre théorie scientifique en vogue à cette époque, la théorie du… refroidissement climatique6!

A problème global, réponses locales

Ces exemples ne signifient évidemment pas qu’il n’est pas nécessaire de se préoccuper des conséquences de l’activité humaine sur l’environnement, en particulier dans le contexte d’une explosion démographique planétaire: la population mondiale est passée de 3,6 milliards en 1970 à 7,6 milliards aujourd’hui (+ 211% en moins de 50 ans!). Les bonnes nouvelles en matière d’environnement sont toutefois trop rares pour qu’on ne se réjouisse du fait que ces sujets soient tombés en désuétude dans notre pays. Ces cas montrent que des réponses locales à un problème global peuvent être pertinentes sans l’intermédiaire d’une gouvernance mondiale chère à Jacques Attali. Ces exemples positifs montrent également que l’alarmisme est – dans la majorité des cas – un mauvais conseiller et qu’en matière d’environnement rien n’est jamais figé, contrairement à une certaine fiction écologiste idéalisant une nature immaculée. Notons ici la dimension profondément réactionnaire et obscurantiste du rêve visant au retour d’un âge d’or écologique vierge de toute souillure anthropogénique.

L’alarmisme écologiste est anthropocentriste

L’Homo sapiens affecte de croire que son narcissisme savant lui permet d’exercer une grande influence – bonne ou mauvaise – sur son environnement. En laissant croire que la planète pourrait être sauvée par la seule volonté des hommes, l’alarmisme écologiste anthropocène7 nous imagine maîtres de la Terre et flatte ainsi notre orgueil anthropocentriste. Cette idée prométhéenne ravive par sa démesure scientiste – qu’elle prétend pourtant combattre – la formule du péché originel. Avec son approche techniciste de l’environnement, l’alarmisme écologiste goûte au fruit de l’arbre de la connaissance. En prétendant tout savoir sur chaque chose et apporter une réponse à chaque problème au moyen de la science, il laisse supposer que les hommes pourraient, une fois encore, égaler Dieu dans la création; ou en l’occurrence dans la destruction. Si l’on peut douter de la capacité des hommes à sauver la planète, on peut également légitimement douter de leur capacité à la détruire malgré eux.

L’alarmisme écologiste est déresponsabilisant

Dans son essai philosophique Zangwill, Charles Péguy démontre qu’une tentation de «surhumanité» apparaît insidieusement dans les systèmes dépourvus de toute transcendance. Au titanisme surhumain, il oppose la conscience des limites humaines: «Nos connaissances ne sont rien auprès de la réalité connaissable8 Si l’ampleur exacte de la part anthropique du réchauffement climatique reste à définir, nier le phénomène en lui-même serait absurde. On constate la fonte accélérée de nos glaciers à l’œil nu. La finitude humaine devrait par contre nous inciter à l’humilité devant la complexité des phénomènes environnementaux et nous interroger sur notre prétention à vouloir maîtriser la nature. Les dérèglements climatiques planétaires et leurs solutions sont-ils vraiment entièrement intelligibles aux hommes? Les réponses péremptoires apportées par les politiciens à la recherche d’une bonne cause à défendre évacuent le plus élémentaire doute scientifique. En cédant au sensationnalisme et en privilégiant les émotions sur la raison, l’alarmisme écologiste messianique du type «Al Gore» incapacite et déresponsabilise: si la planète est si mal en point, pourquoi devrais-je encore faire des efforts?

Notes:

1  Delacrétaz, Olivier. «Un écologiste doit être fédéraliste», La Nation n° 2070, 12.05.2017.

2  Solomon Susan et al. «Emergence of healing in the Antarctic ozone layer», Science, Vol. 353, N°6296, 30.06.2016, pp. 269-274.

3  «Après le diesel, le moteur à essence est aussi menacé», LeTemps.ch, 12.09.2017.

4  «L’eau des lacs suisses est trop propre, alerte une association de pêcheurs», RTS.ch, 22.05.2016.

5  «La surface forestière suisse a explosé en 150 ans», LeTemps.ch, 07.01.2016.

6  «Science: Another Ice Age?», Time.com, 24.06.1974.

7  L’Anthropocène désigne l’époque géologique durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une «force géologique» majeure capable de marquer la lithosphère. Le prix Nobel de chimie Paul Josef Cutzen estime que cette nouvelle ère aurait débuté avec la révolution industrielle et succéderait ainsi à l’Holocène, l’époque géologique en cours s’étendant sur les 10’000 dernières années.

8  Péguy, Charles. «Zangwill». Les Cahiers de la Quinzaine, 1904.

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