Le Palais de Rumine et son avenir

Yves Gerhard La Nation n° 2128 2 août 2019

Il y a un mois, M. Jean-François Cavin donnait ses impressions sur le Palais de Rumine et la politique culturelle dans l’ensemble du Canton (La Nation du 5 juillet). Revenons sur le bâtiment lui-même, puis spécialement sur le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire.

Même si Ramuz a refusé d’y donner un cours sur le roman parce que l’édifice était laid et prétentieux, et que certains esprits chagrins continuent à dénigrer un palais boursouflé et plein de vide, il faut s’y faire: depuis 1906, le Palais de Rumine domine la place de la Riponne, place vaste et libre de tout «mobilier urbain», encadrée dudit palais, de l’Espace Arlaud, de la chapelle méthodiste et du bâtiment des travaux publics. Aux angles veillent le Château cantonal et la statue de Louis Ruchonnet, contemporaine du Palais de Rumine.

Les Turcs viennent avec plaisir y visiter l’Aula où leur pays a signé un virage de son histoire, les écoliers admirent les animaux spectaculaires du Musée de zoologie, conservés dans leur décor d’origine, les étudiants cherchent une place pour y travailler, la Documentation vaudoise, fruit de l’Encyclopédie, offre sa riche collection dans la grande salle de la Bibliothèque. Les amateurs d’art y venaient ausculter les courants neufs de l’art; ils iront bientôt arpenter l’immense carton à chaussures posé à côté des rails de la gare.

Le Palais de Rumine mérite un crédit important, pour qu’il soit mieux isolé du froid et qu’il retrouve ses circulations intérieures. L’extérieur pourrait sans tarder profiter d’un nettoyage semblable à celui qu’a subi le grand portail de la Cathédrale: le placage gris sale des statues de Raphaël Lugeon, à l’ouest de l’église en molasse, nettoyé simplement à l’eau, a retrouvé sa blancheur et son faste néo-gothique en 2016; de plus, la pasteure Jocelyne Muller l’a présenté de façon éclairante dans ses publications: Les Scènes bibliques du Grand Portail de la Cathédrale de Lausanne, Le Grand Portail de Raphaël Lugeon et Les Statues du Grand Portail (fascicules trilingues, disponibles à l’accueil de la Cathédrale): une vraie réhabilitation de cet ensemble sculpté.

Nous nous focaliserons maintenant sur un des musées cantonaux que le Palais abrite: le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire. On ne peut reprocher aux archéologues qui l’ont dirigé ni à celui qui le dirige actuellement d’avoir donné à voir en priorité les collections tirées des fouilles vaudoises: celles-ci ont fourni des trésors qui méritent d’être montrés. Et l’on se réjouit que le projet de grand musée moderne se concrétise enfin à Avenches. Mais il est curieux qu’on ait utilisé, dans un provisoire qui dure toujours, les gradins des anciens auditoires XVI et XVII comme salles d’exposition. Salles sombres et dangereuses… Cette présentation dans des escaliers doit être corrigée. On y gagnera de l’espace.

Si, bien entendu, les quelque 2000 m2 libérés par le Musée des Beaux-Arts sont convoités par tous les utilisateurs des locaux, il nous semble que c’est l’occasion de remodeler le MCAH pour créer (enfin!) un vrai musée consacré à l’histoire vaudoise, qui comprendrait des sections archéologiques, bien sûr, mais aussi une partie beaucoup plus développée qu’actuellement sur l’histoire vaudoise du Moyen Age à nos jours. On nous a dit une fois: «Pour le Moyen Age, les objets manquent.» Qu’importe! Il existe assez de châteaux et d’églises à montrer par des photographies et des petits films; les frontières du Pays de Vaud, fixées depuis le XIVe siècle à l’ouest, plus mouvantes à l’est, se verraient sur des cartes actives; les principaux courants historiques et, osons le dire, les grands hommes qui ont marqué chaque siècle seraient mis en évidence. Plus que jamais, notre période a besoin de repères. Les nombreux visiteurs et les curieux qui entreront dans un Rumine rénové pourront, c’est notre vœu, saisir les grandes époques et les brusques virages de notre histoire cantonale.

De façon rapide, on pourrait envisager douze sections, dont voici une liste sommaire:

1. Préhistoire.

2. Epoque romaine: César et les Helvètes, la romanisation progressive, le cadre administratif (les provinces), les routes (milliaires), la monnaie, la vie quotidienne.

3. Les Burgondes et les Francs, le Royaume de Bourgogne transjurane.

4. L’Eglise au Moyen Age (Marius d’Avenches / de Lausanne, construction de la Cathédrale et des autres églises romanes et gothiques, le diocèse de Lausanne, les chanoines, les monastères en terre vaudoise).

5. L’influence des Savoie (de Thomas et Pierre jusqu’à la conquête bernoise) et la fondation des petites villes.

6. La vie au Moyen Age (paysans, commerçants, vie militaire, châteaux, coutumier de Moudon, etc.).

7. Des Guerres de Bourgogne à la conquête bernoise.

8. Le régime bernois (Réforme, Académie, agriculture, commerce, bailliages, tribunaux, vie quotidienne, châteaux de plaisance, etc.).

9. De la Révolution vaudoise au Traité de Vienne (acteurs principaux, création du Canton, premières lois, routes, etc.).

10. Le XIXe siècle (Académie, vie politique, économique, sociale, chemins de fer, hôtellerie, Vaud dans la Confédération, etc.).

11. D’une guerre à l’autre (1914-1945), les acquis sociaux, la crise, l’industrialisation.

12. La mutation de ces soixante dernières années (démographie, autoroutes, urbanisation, société multiculturelle, développement des arts, du sport, des loisirs, etc.).

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13.12.2019 - 22:58