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Gymnase: une réponse insuffisante

Félicien MonnierEditorial
La Nation n° 2212 21 octobre 2022

Le Conseil d’Etat a donc cédé sur le gymnase en quatre ans, la mesure phare de la vaste réforme fédérale de l’ordonnance sur la reconnaissance des certificats de maturité. A croire le communiqué du Département du 29 septembre «une opposition de principe à cette harmonisation ferait courir le risque de voir les titres obtenus par les Vaudoises et les Vaudois non reconnus pour entrer à l’université ou dans les hautes écoles»1. Soit! mais c’est hors de propos. Il ne s’agissait que de répondre à une consultation. Dénoncer la dimension fortement centralisatrice du projet, et s’y opposer, aurait été loin de déjà créer une crise institutionnelle. Le Conseil d’Etat vient de manquer une belle occasion de tenir fermement une position fédéraliste.

Certes, le Conseil d’Etat a déploré une perte «d’autonomie». Il s’agit pourtant clairement de souveraineté, qui est une notion politique, alors que l’autonomie est une notion administrative. Les articles constitutionnels relatifs à l’Espace éducatif suisse unifié2 prévoient que Confédération et Cantons doivent «veiller ensemble» et «dans les limites de leurs compétences respectives» à la qualité de «l’espace suisse de formation». Il y a toutefois un déséquilibre. La compétence de la Confédération en matière de hautes écoles (EPF) la place de facto au sommet de la pyramide pédagogique. Cela l’autorise à dicter sa loi. En 2006, la Ligue vaudoise avait combattu cette réforme. Nous y avions perçu les dangers qui se réalisent aujourd’hui.

Cette réforme de la maturité dépasse toutefois largement une prolongation de la durée du gymnase. En particulier, elle introduit officiellement une portée idéologique aux enseignements. A suivre le rapport explicatif, les enseignements dits «transversaux» porteront sur la numérisation, l’équité des chances, la durabilité, la formation politique ou les échanges et la mobilité. Ce cocktail techno-éco-égalitaire a de quoi inquiéter ceux qui s’attachent à une libre formation de l’esprit critique de nos gymnasiens.

Quant à l’article 25 du projet d’ordonnance, il exige que des mesures soient prises «pour que chaque élève s’engage pour le bien commun». Dans sa réponse, le Conseil d’Etat s’est attelé à affaiblir la portée de cet article. Il préconise ainsi de tenir compte «des possibilités des élèves» et de respecter un «temps approprié». Ces précautions seront malheureusement insuffisantes.

Quand bien même la notion s’entendrait-elle en son sens le plus traditionnel, que nous employons lorsque nous déclarons nous attacher au bien commun du pays de Vaud, la fonction du gymnase n’est pas d’officiellement inciter les élèves à s’engager en sa faveur.

Surtout, ne nous leurrons pas sur la dimension politiquement tendancieuse de la notion dans la tête des pédagogues fédéraux. Par son enseignement, le gymnase participe du bien commun. On pourrait s’arrêter là. Il n’est ni un camp scout, ni une organisation de jeunesse risquant de s’atteler à la remorque de la grève féministe ou d’Extinction Rebellion.

Peut-être le Conseil d’Etat a-t-il perçu ces risques. Il aurait dû les dénoncer.

Note:

La Ligue vaudoise a répondu à la Consultation fédérale relative à cette réforme du droit de la maturité. Elle a développé une position fédéraliste et contesté sur le fond le caractère tendancieux de la réforme. Notre réponse est consultable à l’adresse: https://www.ligue-vaudoise.ch/actualites/586  

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