Universalisme ou relativisme: la question posée aux socialistes en Suisse aujourd’hui

Dans le perpétuel bouleversement que nous impose le libéralisme, nos structures d’organisation sociale sont fragilisées comme jamais. L'isolement et la mise en concurrence méthodique des êtres humains, entreprises idéologiques rarement remises en question, rendent difficile les élans collectifs au service de projets communs. Le repli sur l’affirmation d’une identité personnelle, héritée, inamovible, risque de devenir le seul recours pour définir une forme d’appartenance collective.

Le camp de la gauche était habituellement attaché à la définition par la délibération démocratique d’un intérêt général dépassant (et de loin) l’addition fantasmée des intérêts individuels ou de ceux de groupes sociaux déterminés. Apparaît aujourd'hui la tentation de substituer à la construction patiente d’un avenir souhaitable l’addition de combats sectoriels en faveur de revendications minoritaires. Celles-ci, fondées sur des spécificités identitaires supposément irréductibles, sont dans cette optique forcément légitimes. Il peut arriver alors que la lutte, justifiée, contre des discriminations réelles, se substitue au combat pour le progrès social au lieu de le compléter. Cette opposition s’exprime parfois sur le fond, parce qu’une demande fondée sur la différence identitaire entre en contradiction avec un idéal fondamental, mais elle concerne aussi la structuration même du débat public, réduit à l’affirmation de différences par des citoyens irrémédiablement segmentés, au péril de la possibilité même d’un langage démocratique partagé.

En Suisse comme ailleurs, quiconque se revendique de la tradition du mouvement ouvrier peut donc s’interroger sur la position à défendre. Faut-il maintenir une ambition universaliste qui pose comme idéal – et non pas naïvement comme état de fait – l’égalité de tous les êtres humains et la possibilité de règles et de principes communs? Ou faut-il admettre de relativiser ce que nous avions jusqu’ici admis comme intangible pour permettre à différents systèmes de valeur de coexister pacifiquement, en faisant par là cause commune avec les libéraux les plus durs? La mondialisation des échanges, la mobilité croissante, le retour du religieux nous posent ces questions avec acuité.

M. Benoît Gaillard, collaborateur politique et conseiller communal socialiste lausannois, nous présentera ce sujet mercredi prochain 23 janvier, à 20 heures, dans les locaux de la Ligue vaudoise, place du Grand-Saint-Jean 1 à Lausanne.

Mercredi 23 janvier 2019
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18.06.2019 - 11:05