Le Cercle littéraire fête son bicentenaire

Yves Gerhard La Nation n° 2118 15 mars 2019

1819-2019: depuis deux cents ans, le Cercle littéraire réunit dans le même bâtiment les intellectuels lausannois qui désirent lire les journaux et les revues, ou emprunter les ouvrages les plus divers de sa bibliothèque. Il y a là une permanence et un patrimoine exceptionnels.

C’est en effet au no 7 de la place Saint-François, dans les étages supérieurs d’un des rares immeubles du XVIIIe siècle qui subsistent sur cette place, au-dessus du magasin La Griffe Ausoni, autrefois du Bazar vaudois, que se trouve depuis l’origine le Cercle littéraire, d’abord comme locataire, puis propriétaire des lieux depuis 1821. L’agencement intérieur des salons, bien entretenus, présente des plafonds à moulures et des cheminées Louis XVI. Il est le cadre de nombreuses manifestations: conférences, entretiens avec des écrivains, concerts, prestations culturelles diverses. Par derrière, à l’étage et dans le «bûcher», on découvre des dizaines de milliers de livres, couvrant les domaines les plus divers de la connaissance, trésor patiemment accumulé par les générations successives de responsables. A la manière des «clubs» londoniens, le Cercle est formé de sociétaires, entrés à la suite d’un double parrainage et soumis au «ballottage» – sorte d’élection où, contrairement à l’emploi du terme en politique, tous les candidats sont élus au premier et unique tour!

Lors des préparatifs de ce bicentenaire, les recherches dans les archives ont révélé des fonds inconnus jusque-là: celui du Cercle de la Palud, où se réunissaient les élites lausannoises entre 1766 et 1842, et celui du Cercle du commerce, qui a eu son activité de 1799 à 1850. Ces deux associations ont fusionné avec le Cercle littéraire. La totalité de ces fonds d’archives a été déposée récemment aux Archives cantonales.

Bien sûr, des historiens se sont penchés sur le passé de cette institution, Charles Gilliard lors du centenaire en 1919 (texte publié en 1966 seulement, par J.-Ch. Biaudet), plus récemment Maurice Meylan (2007), et l’anniversaire a donné l’occasion de publier, sous la direction de Guillaume Poisson, un bel album coloré, fortement illustré, donnant des aperçus intéressants sur des points que les ouvrages précédents avaient peu étudiés: les deux Cercles dont les archives ont été retrouvées, le bâtiment lui-même et les architectes qui l’ont peu à peu transformé, la bibliothèque et ses collections historiques et géographiques, son rôle dans la vie littéraire romande, etc. Ce travail est le fruit de divers spécialistes qui ont su rendre leur contribution passionnante1.

L’origine du Cercle? Le besoin de pouvoir lire journaux et gazettes, publications nouvelles et nombreuses au début du XIXe siècle, et fort onéreuses, besoin de s’informer, de réfléchir, de discuter. La tendance est longtemps restée majoritairement libérale. Le fumoir et les billards attiraient ces messieurs. A la suite d’âpres discussions, les dames ont été admises comme sociétaires: c’était en 1993. Aujourd’hui, ce sont surtout des retraités, médecins, avocats, ingénieurs, professeurs et, ces dernières années, psychiatres et psychologues, qui profitent de leur loisir pour emprunter les ouvrages qu’ils ne souhaitent pas acheter eux-mêmes et assister aux nombreuses conférences et autres manifestations organisées par le comité. Comme l’écrit le président actuel, Jacques Poget, «à mi-chemin entre la sphère privée des salons bourgeois où l’on s’invite et celle, publique, des cafés où l’on se côtoie, le Cercle littéraire constitue un entre-deux social policé, qui reflète depuis deux cents ans les goûts et intérêts d’une partie de la société lausannoise, sensible à ce lieu privilégié». Les salons, en effet, offrent un havre de paix et de silence studieux au milieu de l’agitation de la place Saint-François et de son bruyant trafic. Ces vingt dernières années, le nombre des inscrits a doublé, passant de 300 à 600! Ceci sans aucune publicité. On peut affirmer sans risque que l’avenir de l’institution est assuré. Mais l’essentiel, c’est la bibliothèque, sans doute la collection privée la plus riche du Canton, qui «reste de tout temps le cœur du Cercle littéraire».

Notes:

1  Les Trésors du Cercle littéraire de Lausanne, Deux siècles de collections patrimoniales, 1819-2019, sous la direction de Guillaume Poisson, Editions Slatkine, Genève, 2019.

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11.12.2019 - 18:29