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Actualités d’une doctrine

Félicien MonnierEditorial
La Nation n° 2180 30 juillet 2021

En 1933, la Confédération jetait involontairement la Ligue vaudoise dans l’arène politique en voulant imposer aux vignerons une taxe spéciale sur le vin. La Nation avait deux ans, Les Cahiers de la Renaissance vaudoise six. Dans les années 1920 avait éclos en Pays de Vaud une forte sensibilité à l’identité locale. Ramuz nous avait appris que le destin artistique du Pays pouvait se passer en dehors de Paris. Avec la Ligue vaudoise, Marcel Regamey, Alphonse Morel et Victor de Gautard affirmaient, face à Berne, l’originalité politique du Pays de Vaud.

En 2021 les fondamentaux demeurent et, au premier chef de ceux-ci, une conception de l’homme comme animal politique, communautaire par nature: il naît dans une famille et s’épanouit dans une communauté politique.

Le destin de l’homme est de se perpétuer. Au-delà de la reproduction naturelle et familiale de l’espèce, il cherche à perpétuer sa communauté politique. Et voici qu’entrent en scène les institutions. En affirmant la possibilité d’un bien commun vaudois, nous affirmons que, sur un territoire donné, différentes communautés cohabitent en harmonie et assurent ainsi une unité nationale différenciée, à l’opposé aussi bien de la société individualiste que de la masse unitaire des régimes totalitaires.

Entre les familles et la nation, une foule de communautés «intermédiaires» ont leur place. Chacune d’entre elles est le lieu d’un épanouissement personnel. Il ne s’agit pas d’une version postmoderne de quelque confort mental individuel. L’engagement dans une communauté, notamment politique, impose un décentrement par rapport à soi-même. Ce décentrement n’est pas un sacrifice. Il fixe au contraire sa juste place à l’individu. Le service au pays nous rend autant et plus que nous lui donnons. Qu’il s’agisse de syndicats ou d’associations patronales, de clubs de volley-ball ou de sociétés de jeunesse, c’est à ces niveaux que s’exerce la liberté.

En politique, les partis ne sont pas les seuls lieux de l’engagement. Certains syndicalistes, certains patrons, certains syndics de petites communes, certains notables locaux ou régionaux œuvrent plus pour le pays et son unité que l’apparatchik partisan avide de serrer des mains au stand du samedi, lorgnant sur sa réélection.

A cet ectoplasme qu’on appelle «la société civile», qui nous propose une version rose et moralisante du monde moderne, nous opposons le pays qui défend son indépendance et sa souveraineté armée. Les cantons ont confié cette responsabilité à la Confédération, chargée de mener la diplomatie fédérale et, lorsque le diplomate ne peut plus négocier, d’engager la force militaire, assurant ainsi l’intégrité du territoire et le fonctionnement des institutions. Enfin, la neutralité de la Suisse permet à ce petit pays de ne pas se perdre dans la «cour des grands».

A la suite des USA, FMI et OCDE cherchent à imposer un taux mondial d’imposition des personnes morales. Il s’agit avant tout d’assurer les investissements américains et d’interdire la concurrence fiscale interétatique. La compétence fiscale est d’abord une compétence cantonale. Nous combattrons cette nouvelle offensive fiscale américaine. Cela révélera une fois de plus que la Confédération doit être, contre l’extérieur, le bouclier des cantons.

La Confédération peut se révéler dangereuse pour les souverainetés cantonales qu’elle a pour charge de défendre face à l’étranger. Son obsession centralisatrice résulte d’un mélange d’idéologie égalitaire et d’obsession bureaucratique: ce qui se déciderait à la Berne fédérale serait, de ce seul fait, meilleur que ce qui se déciderait à Lausanne, Bellinzone ou Herisau. Rien n’est plus faux. La flexibilité et la réactivité des cantons durant la pandémie l’ont bien montré.

Les positions prises en vue des votations du 13 juin dernier ont démontré l’originalité de notre doctrine. Si nous refusions les mesures anti-terroristes, bien que peu enclins au désordre dans les rues, c’était par fédéralisme. En acceptant la loi covid, nous refusions de faire passer un incertain message de mécontentement à nos autorités. En revanche, nous constations que la loi sur les épidémies de 2013, alors dénoncée par nous comme un «monstre législatif» mais largement acceptée par le peuple, avait pu confirmer le potentiel autoritaire que nous avions alors dénoncé. Les deux initiatives phytosanitaires portaient atteinte à la souveraineté alimentaire de la Confédération, qui n’est qu’un volet parmi d’autres de la souveraineté d’une nation. La loi CO2, enfin, voulait manifester par des taxes et des interdictions la volonté de «faire un geste pour la planète». Mais un symbole ne justifie pas un ensemble mal fichu de gesticulations étatistes et fiscales.

La défense de notre communauté politique naturelle qu’est le Pays de Vaud appelle des engagements variés dans les domaines institutionnel, associatif, économique, culturel, religieux. La Ligue vaudoise s’efforce d’en donner, à son modeste niveau, une image synthétique. Elle la fait valoir, à sa manière bientôt séculaire, par ses publications, ses réseaux de relations et les moyens de la démocratie directe. On continue!

Félicien Monnier

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