L'idéologie de l'inachevé

Le fondateur de la Ligue vaudoise, Marcel Regamey, remarquait qu’en matière
de peinture, le monde moderne préfère l’esquisse à l’œuvre achevée:
sans doute parce que ce qui n’est pas abouti donne un sentiment de mouvement
et de liberté que l’œuvre accomplie, dans sa plénitude, n’offre plus.

Cette remarque vaut pour bien d’autres domaines. Ainsi du «jeunisme»: la
société ne cesse de louer la jeunesse. C’est peut-être parce que la
jeunesse est l’âge de tous les possibles. Les choix professionnels et
familiaux de l’adolescent sont encore à faire. Si, chez beaucoup de jeunes,
cette période d’incertitude engendre le trouble et la crainte, elle éveille
des regrets et de l’envie chez leurs aînés qui ont le sentiment de s’être
enfermés dans leurs choix: j’ai fait du droit et ne serai donc jamais
médecin, ni ingénieur... Et de se languir d’une époque de «liberté» où
l’on était, en rêve, médecin et avocat, ingénieur et explorateur, et
acteur…

«Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est la difficulté qui est le
chemin». Ce mot de la philosophe Simone Weil exprime la même idée sous un
autre angle: ce qui compte, c’est la marche au but plus que le but,
l’effort d’approche plus que l’arrivée, en un mot, les moyens plus que
la fin.

Cette conception n’inverse-t-elle pas l’ordre logique des choses?
N’est-elle pas déstructurante pour l’esprit comme pour la vie individuelle
et sociale? La discussion sera introduite par M. Olivier Delacrétaz.

La séance se tiendra le mercredi 18 novembre à 20 heures dans les locaux de
la Ligue Vaudoise, place Grand-Saint-Jean 1, à Lausanne (2e étage).

Mercredi 18 novembre 2009
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18.09.2019 - 15:25