NON à une assurance dentaire obligatoire

Pierre-Gabriel Bieri La Nation n° 2089 2 février 2018

Le 4 mars prochain, en plus des votations fédérales sur «No Billag» et sur le «régime» fiscal de la Confédération, un objet cantonal sera soumis au vote des Vaudois: l’initiative «pour le remboursement des soins dentaires».

Le texte en question demande l’instauration d’une assurance cantonale obligatoire qui prendrait en charge les soins dentaires de base de tous les habitants du Canton. La notion de soins de base n’inclurait pas des soins tels que l’orthodontie, les soins esthétiques, les couronnes ou les implants dentaires.

Le coût de cette assurance est estimé officiellement à plus de 300 millions de francs par année. Le financement proviendrait pour l’essentiel d’un prélèvement sur les salaires – on parle d’environ 1%, mais au départ on évoquait aussi 1,2% ou 1,5%… – et à titre subsidiaire par le budget cantonal – alimenté par l’impôt et déjà lourdement obéré par la facture sociale actuelle.

Cette initiative est issue de l’extrême-gauche et portée par elle, même si le petit groupe de militants qui mènent campagne réfutent cette étiquette qu’ils semblent juger embarrassante. Leur argumentation repose sur l’affirmation que de nombreuses personnes modestes ont de la peine à faire face aux factures de leur dentiste et renoncent donc aux soins dentaires. Lorsqu’on évoque la liste déjà considérable des aides sociales qui existent dans le Canton, les partisans de l’initiative répondent que l’assurance servira surtout aux personnes qui gagnent «juste un peu trop» pour avoir droit aux aides sociales mais qui peinent néanmoins à assumer leurs frais de dentistes.

Médicalement non justifié, économiquement inquiétant

La Société vaudoise des médecins-dentistes s’oppose à cette initiative, qui fait planer le risque d’une étatisation de la profession et d’un rationnement de l’offre de soins, sans aucune amélioration notable pour la population. L’exemple de certains pays étrangers montre en effet que la prise en charge financière des soins ne modifie pas l’état de santé bucco-dentaire de la population ni la proportion de personnes qui renoncent à aller chez un dentiste. Par ailleurs, les oto-rhino-laryngologistes vaudois estiment que l’état sanitaire de la population est bon, qu’il ne se dégrade pas et qu’il n’y a donc pas de justification médicale à une modification du système de prise en charge des soins dentaires.

Du côté de l’économie privée, on s’inquiète de l’arrivée d’une nouvelle couche d’aide sociale qui va encore renchérir le coût du travail, ce qui péjorera inévitablement les entreprises vaudoises. De nombreux salariés ne se réjouissent pas de voir survenir une ponction supplémentaire sur leur salaire. Les contribuables pourraient aussi avoir du souci à se faire si les coûts à la charge du budget cantonal prennent l’ascenseur.

Une objection fondamentale que l’on peut adresser à cette assurance dentaire est qu’elle ne ciblerait pas les personnes ayant des difficultés financières, mais «arroserait» l’ensemble de la population. En assistant ainsi tous les Vaudois, on dépenserait inutilement beaucoup d’argent, avec pour principal résultat une déresponsabilisation face aux coûts des soins dentaires. Ces coûts, restés remarquablement stables au cours de ces vingt dernières années, risqueraient alors de grimper à la même vitesse que les autres coûts de la médecine, dont on sait comment ils ont évolué depuis l’introduction de l’assurance-maladie obligatoire.

Le Canton de Vaud mène une politique sociale généreuse qui n’a pas besoin d’être encore élargie. En revanche, on peut éviter d’appauvrir inutilement les Vaudois par une nouvelle machine étatique, collectiviste et bureaucratique. On fera œuvre utile en votant NON à l’initiative pour le remboursement des soins dentaires.

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26.05.2018 - 07:53