Hommage à Jacques Bainville

Jacques Perrin La Nation n° 2136 22 novembre 2019

Une forme d’intelligence analytique, admirablement lucide et précise, qui n’excluait pas l’esprit de finesse, parfois obscure dans son expression chez Valéry, toujours claire chez Bainville, a rapproché le poète sétois et l’une des trois têtes de l’Action française.

Le lundi 6 février 1936, Paul Valéry rencontre Jacques Bainville à la bibliothèque de l’Académie française. Bainville, très malade, mourra le 9: Il demandait quelques livres qu’il voulait emprunter ; ce qui me parut admirable et me serra le cœur […]. Il montrait, face à la lumière, l’extrême de la pâleur et de la maigreur. Il ne restait de lui que ce qu’il fallait pour affirmer l’étrange autorité de la conscience de soi-même. La présence extraordinaire de ce mort lucide au regard noir et profond semblait manifester à notre petite assemblée toute la vertu du courage dû à l’esprit […]. Je l’ai encore vu une fois, vers le soir de ce même jour, chez lui, à sa table de travail. Nous avons causé comme si l’idée d’un abîme tout proche n’existât pas […]. Plus j’ai connu Bainville, que j’ai connu assez tard, plus je me suis senti gagné. Cette parfaite et sobre courtoisie, la liberté remarquable de sa pensée, l’élégance qu’il avait de dissimuler l’énormité du travail qu’il accomplissait chaque jour, une absence charmante d’illusions et le goût de la vraie valeur dans les œuvres et dans les hommes, me le rendaient toujours plus désirable à voir et à entretenir. J’en suis bientôt venu avec lui de l’estime à la sympathie, et de celle-ci à l’amitié1.

Notes:

1  Extrait de La Renaissance de la liberté, souvenirs et réflexions, par Paul Valéry, Omnia Poche, 2019, p.84.

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12.07.2020 - 15:37