La Grève du climat devient la Grève militaire

David Masson La Nation n° 2149 22 mai 2020

Notre pays entame progressivement un retour à la normale. Si les bataillons d’hôpital 5 et 66 ont pu prendre congé de leur engagement le 8 mai, après plus de 50 jours de service, nombre de militaires fournissent aujourd’hui encore une aide précieuse aux autorités civiles. Dans ce contexte, celles-ci n’hésitent pas à remercier tous les soldats qui s’engagent pour la protection de la population suisse et pour les services rendus à la Confédération. Beaucoup ont abandonné leur semestre universitaire, leur travail, leur famille ou leurs amis pour se mettre au service de la société. Ils ont délaissé leurs intérêts personnels et mis au premier plan l’intérêt de la communauté. Ces personnes méritent une digne reconnaissance.

Mais, apparemment, cela n’est pas du goût de tout le monde. Le 11 mai, le collectif de la Grève du climat de Vaud et Genève a publié un nouveau communiqué de presse, relayé par le collectif suisse de la Grève du climat. Il y appelle au boycott de l’armée. On y lit notamment: «Si vous êtes appelé au service militaire, n’y allez pas», «Si vous devez payer la taxe militaire, ne la payez pas». Il argue que le service militaire est «inutile et nuisible face aux enjeux actuels». Il justifie sa position par l’éthique, la morale et la responsabilité écologique et sociale. Le collectif de la Grève du climat exige dans une lettre ouverte au DDPS, au gouvernement et à l’armée suisse, que cette dernière soit «radicalement modifiée ou supprimée». Il n’oublie pas de mentionner l’urgence climatique et sociale pour justifier sa demande1.

Pour toute personne astreinte au service militaire, le refus de servir constitue un délit au sens de l’article 81 du code pénal militaire et est passible de 18 mois de prison au maximum ou d’une peine pécuniaire. La loi punit également le fait d’inciter publiquement des militaires à violer leurs obligations. Un tel comportement est passible d’une peine pécuniaire ou d’une privation de liberté de 3 ans au plus selon l’article 276 du code pénal ordinaire. Le collectif de la Grève du climat de Vaud et Genève commet, à n’en guère douter, une violation du Code pénal. Cette infraction est poursuivie d’office. Sa poursuite relèvera très probablement du Ministère public de la Confédération, puis du Tribunal pénal fédéral.

Le collectif a pleinement conscience de l’illégalité de ses actes. Un commentaire de sa part sur sa page Facebook affirme que la décision a été prise en connaissance des risques encourus. Ainsi, il viole consciemment et de manière éhontée la loi, sous prétexte de défendre l’urgence climatique et en prônant sa vision de la morale et de l’éthique.

Nous nous souvenons tous de l’action menée dans les locaux du Crédit Suisse à Lausanne. Les personnes impliquées ont été acquittées. Le magistrat considérait que leur action était justifiée par l’urgence climatique et qu’il était impossible de détourner ce danger imminent par un autre moyen. Il invoquait l’art. 17 du Code pénal sur l’Etat de nécessité. Bien que ce jugement soit peu convaincant, il avait valu à ses bénéficiaires une couverture médiatique mondiale. Consciente que son communiqué de presse du 11 mai est illégal, la Grève du Climat souhaite-t-elle attirer l’attention sur elle en faisant du romantisme judiciaire?

On constate en tout cas la rhétorique antimilitariste s’ajouter à la rhétorique écologiste. Le risque est de perdre des soutiens, au sein même de la jeunesse. En réalité, la Grève du Climat ne fait rien d’autre que de rappeler à la Suisse les rapports incestueux entre les Verts et le Groupe pour une Suisse sans armée. Ils remontent aux années 1970. Nous servant une doctrine réchauffée, ce communiqué de presse n’est d’aucune originalité.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il ne s’agit plus ici de l’organisation potache d’un match de tennis dans le hall d’une banque. On parle d’un groupe qui incite nos militaires à déserter leurs postes et assume pleinement et publiquement sa violation de la loi. Ne serait-ce qu’à Lausanne, ces milieux bénéficient d’un soutien populaire massif. Pourtant, ce 11 mai, le collectif de la Grève du climat a publiquement affiché son irrespect et son profond mépris non seulement pour ceux qui portent l’uniforme avec abnégation, mais aussi pour ceux qui, toutes ces dernières semaines, ont bénéficié de leur appui et en ont été reconnaissants. 

Références

1  https://vaud.climatestrike.ch/

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27.05.2020 - 23:03