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CO2: une loi étatiste et trompeuse

Lionel Hort
La Nation n° 2173 23 avril 2021

Depuis environ un siècle et demi, le climat se réchauffe en Suisse et dans le monde. Ce réchauffement, indiscutable, nuit particulièrement à un pays alpin comme le nôtre, notamment aux glaciers et aux écosystèmes influencés par la température de l’air et de l’eau. Il perturbe également nos pratiques agricoles et pourrait sérieusement détériorer nos infrastructures. Dès le XXe siècle les scientifiques ont débattu des causes de ce changement climatique. Le consensus actuel lui reconnaît une origine anthropique, principalement à cause de la production, dans les sociétés industrielles, de gaz à effet de serre.

On sait les passions déchaînées par ces questions, dont les réponses paraissent parfois terriblement dogmatiques. Outre une origine purement humaine au phénomène du réchauffement climatique, ne faudrait-il pas également laisser une place aux hypothèses plus larges tenant compte des ères glaciaires suivies de périodes plus chaudes, dont l’existence est historiquement avérée, ou encore de l’impact de l’activité solaire sur la température de la Terre?

Quoi qu’il en soit, de nombreux Etats ont décidé, par le biais d’accords internationaux, de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La Confédération a ainsi ratifié l’Accord de Paris en 2017, accord qu’elle entend mettre en œuvre par le biais d’une loi fédérale. Deux référendums ont abouti contre cette «loi sur le CO2 révisée» dont le texte a été sévèrement critiqué tant à gauche qu’à droite1. De ces critiques nous retiendrons deux arguments principaux.

Le premier soutient que renforcer les taxes sur le CO2 et créer une nouvelle taxe sur les billets d’avion, afin d’alimenter un fonds pour le climat – comme le prévoit la loi – sont des mesures socialement et économiquement injustifiables et nuisibles. Elles pénaliseront les familles à double titre: d’abord en les taxant plus, notamment par le biais d’une nouvelle taxe sur les billets d’avion, mais également en renchérissant le coût de la vie. Les entreprises, victimes elles aussi de l’augmentation de la pression fiscale, reporteront fatalement cette hausse sur leurs prix. Les PME, justement, seront punies deux fois: elles seront plus lourdement taxées, avec une aggravation de la taxe existante sur le CO2, et elles subiront cette hausse dans le contexte d’une pandémie qui les fragilise déjà terriblement.

Le second argument est plutôt d’ordre technique. La Confédération entend investir, via son fonds pour le climat, dans les nouvelles technologies, mettant entre autres en avant les véhicules électriques. Outre une manie bureaucratique délétère (on se souvient avec effroi de la tentative libérale-radicale de créer une «loi fédérale sur l’innovation»), un tel tropisme techno-progressiste est dangereux et malhonnête. En effet, aucune consommation d’énergie n’est vraiment «verte» et le mouvement général de la transition énergétique est dans cette optique-là une vaste arnaque. Celle-ci se joue au détriment des pays étrangers qui possèdent les matières premières, notamment minières, nécessaires à la production des technologies prétendument propres telles que les éoliennes ou les voitures électriques. Or, comme l’affirment les défenseurs de la loi sur le CO2, le problème des émissions de gaz à effet de serre est un problème planétaire et l’on ne peut valablement «délocaliser» la pollution si le réchauffement climatique qui en résulte concerne ensuite toute la planète – sans parler de l’immoralité et de l’hypocrisie du processus2. L’abandon simultané de l’énergie atomique, ainsi que l’intensification de la numérisation, poseront également de graves problèmes énergétiques à l’avenir, qu’il n’est pas nécessaire d’empirer avec de nouvelles législations écologistes restrictives.

Rappelons finalement que la Suisse, dont l’impact en termes d’émission de CO2 est minime en comparaison internationale, réduit déjà ses émissions petit à petit depuis les années 1990, grâce à des aménagements sociaux et à une innovation technologique raisonnable. Taxer la population et promouvoir une transition énergétique trompeuse au profit d’objectifs irréalistes ne sont pas des solutions. Par conséquent, nous voterons NON à une loi injuste pour la population, irréaliste et malhonnête dans sa manie technophile.

Notes:

1    Lire à ce sujet l’article de M. Antoine Rochat dans La Nation n°2162 du 20 novembre 2020, qui présente les mesures prévues par la loi ainsi que les critiques de gauche et de droite, notamment du point de vue de la souveraineté cantonale lésée une fois de plus par la réglementation fédérale.

2    Il suffit pour s’en convaincre de visionner l’excellent reportage de M. Guillaume Pitron intitulé L'illusion de l'énergie verte – La face cachée des énergies vertes, disponible sur la chaîne Arte, ou encore de consulter l’ouvrage de M. Philippe Bihouix intitulé L'Age des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable, concernant une problématique similaire.

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