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La cage aux phobes s’agrandit

Jacques Perrin
La Nation n° 2213 4 novembre 2022

La Cage aux folles est une comédie de 1978 où l’excellent Michel Serrault interprète un travesti en couple avec le patron d’une boîte de drag queens (Ugo Tognazzi). Ce film ne passerait pas l’examen auquel le soumettraient aujourd’hui les LGBTIQ+: une vision jugée sans doute trop caricaturale et moqueuse du monde gay.

Par un jeu de mots, l’essayiste et diariste Philippe Muray (1945-2006), dans son impitoyable description du monde contemporain, a inventé la cage aux phobes. Le suffixe grec –phobe signifie la crainte, accompagnée le plus souvent de haine, d’une chose, d’un animal ou d’une personne. Un gérontophobe, par exemple, a peur des vieux et les déteste. Philippe Muray constatait que les phobes se multipliaient: les méchants islamophobes, homophobes, transphobes, grossophobes et xénophobes que la modernité enfermerait volontiers pour s’en protéger, s’ajoutaient aux phobes dignes de pitié, les arachnophobes, agoraphobes, aérophobes et autres claustrophobes (à ne surtout pas enfermer).

Chaque jour de nouvelles phobies apparaissent.

Ainsi le mot glottophobie est admis dans les dictionnaires. Le glottophobe méprise les personnes ringardes pourvues d’un accent régional trop prononcé.

24 heures nous apprend l’existence à Lausanne de phobes inattendus auxquels nous donnerons des noms à l’aide de racines grecques: les chairs flasques des vieillards dégoûtent les archéosarcophobes et la nudité répugne aux gymnophobes.

Les élus lausannois ont voté un crédit de 3,1 millions de francs pour rénover les vestiaires et les douches de la piscine de Mon-Repos. Seront construits des espaces non genrés avec un nombre élevé de cabines accessibles sans distinction pour se changer et se doucher à l’abri des regards. Les personnes trans, intersexes et non binaires sont mieux prises en compte, les Verts lausannois s’en réjouissent. Mais la plus-value se situe ailleurs selon les responsables de la piscine: l’avantage est qu’on bannira la nudité des locaux; des contrôles seront effectués. Dans les vestiaires d’aujourd’hui, non mixtes, «certains jeunes athlètes ne veulent plus être confrontés aux corps nus de personnes plus âgées qui ont pour habitude de se changer à la vue de tous» et il fallait éliminer «le risque» que des enfants doivent faire face «à la nudité d’autres usagers».

Nous croyions vivre dans une société libérée, tolérante, épanouie, et aussi impudique. Voilà que la nudité choque les enfants et que les vieux perturbent «les jeunes athlètes» horrifiés à la perspective de prendre de l’âge.

Les pères-la-pudeur ne sont plus où l’on croit.

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