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La démocratie malade d’elle-même

Olivier Delacrétaz
La Nation n° 2297 23 janvier 2026

Sur son site Bon pour la tête, qui coexiste désormais avec le site Antithèse, M. Jacques Pilet dénonçait, le 10 octobre dernier, «les poisons qui minent la démocratie». Selon lui, la démocratie est arrivée à un point de dégradation telle que chaque parti ne fait plus que se caricaturer lui-même. Les populistes focalisent obsessionnellement sur les questions migratoires et les proclamations identitaires; les socialistes ne pensent qu’à diminuer le temps de travail, mettre à terre les «ultra-riches» et bâillonner ceux qui pensent mal; la droite ordinaire est prête à tout sacrifier aux «lois du marché». Ajoutons que l’extrême-gauche veut tout casser pour repartir au zéro de l’égalité absolue.

M. Pilet parle des Etats qui nous entourent et surtout de la France, qui vit très brutalement cette évolution. Inquiet de ces «tensions vociférantes», il craint que ces Etats n’évoluent vers un système autoritaire. Il n’a pas tort de le craindre. L’Union européenne est en bon chemin en matière de prise de pouvoir, de censure et de mise au pas, et l’affaire Baud est un cas exemplaire de proscription. Il est envisageable aussi que la France s’enferre dans une guerre civile à plus ou moins bas seuil, version aggravée et permanente des «gilets jaunes». On peut même craindre une «vraie» guerre, visant à détourner, en l’exportant, la colère du peuple contre le gouvernement. C’est de ce côté que semblent se diriger MM. Keir Starmer, Emmanuel Macron et Friedrich Merz.

Ce qui rend les choses difficiles, c’est que le moteur de cette évolution n’est pas un ennemi extérieur, mais le régime lui-même. La démocratie souffre, pourrait-on dire, d’une maladie auto-immune. Ses deux références fondamentales, la liberté et l’égalité, inspirent deux mouvements opposés mais également nocifs pour la société. Le mouvement individualiste émiette la société au nom de la liberté, le mouvement collectiviste la massifie au nom de l’égalité. Le premier veut libérer l’individu de ses appartenances familiales et sociales en tenant pour rien leur caractère protecteur. Le second veut compenser cette perte de protection, qui renforce notablement les inégalités, en recourant indéfiniment à l’Etat au détriment des libertés personnelles.

La machine démocratique produit ainsi le contraire de ce qu’annoncent ses présupposés idéologiques: les inégalités augmentent alors qu’elles sont censées diminuer, la protection des faibles s’amenuise alors qu’on multiplie les lois censément protectrices, les libertés s’enfuient, la part populaire au pouvoir diminue.

La confiance qui rend possible une politique raisonnable disparaît. L’espace public structuré par des arguments se mue en un pandémonium où se confondent le public et le privé, le raisonnable et l’émotionnel, le long terme et l’immédiat. Tout y est occasion d’affrontements haineux et d’accusations disproportionnées, immédiatement répercutées par la presse et les réseaux sociaux. Quant à l’Etat, il est à peu près impuissant, dispersé dans mille tâches secondaires qui l’entravent dans ses tâches propres. Il ne peut plus compter que sur la force brutale pour se maintenir au pouvoir. Et c’est ainsi qu’on en arrive à ce no man’s land intellectuel et politique que déplore M. Pilet.

La Suisse tire un peu mieux son épingle du jeu, mais les signes avant-coureurs sont là: les Chambres qui refusent de mettre en œuvre l’initiative contre l’immigration massive; le Conseil fédéral qui prétend ne pas soumettre le traité avec l’Union européenne au double vote du peuple et des Cantons malgré son évidente portée constitutionnelle (avec le soutien incompréhensible du Conseil d’Etat vaudois); la croissance des recours au Tribunal fédéral contre des votations pour cause d’informations inexactes de la part des autorités fédérales.

Que ce soit la démocratie individualiste ou la démocratie collectiviste qui l’emporte, c’est toujours au détriment du bien commun.

Ce constat de fond détermina dès l’origine le pari de la Ligue vaudoise et de La Nation: rester à l’extérieur du combat démocratique, aborder chaque question politique avec le souci exclusif de l’intérêt général du Canton, disposer pour cela d’un organe de presse indépendant pour influencer le débat et les décisions politiques et pour soutenir nos actions. Ce pari a été tenu par cinq générations de Vaudois. Les plus jeunes, âgés de vingt à trente ans, l’ont repris à leur compte. Ce souci permanent de l’intérêt vaudois nous place à la fois à l’extérieur du régime et au centre de la politique.

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