Journées du patrimoine

Yves Gerhard La Nation n° 2132 27 septembre 2019

Année après année ont lieu les Journées européennes du patrimoine, en principe le deuxième week-end de septembre, cette année le troisième, coïncidant malheureusement avec le Jeûne fédéral. C’est l’occasion, pour un large public passionné, de visiter des bâtiments généralement fermés ou difficiles d’accès, de découvrir des monuments méconnus ou de pénétrer dans de belles maisons grâce à l’amabilité de leur propriétaire. Le choix est souvent cornélien, car il est impossible de passer partout en l’espace de deux jours. Dans le canton de Vaud uniquement, pas moins de 17 visites étaient offertes, plus de 400 pour l’ensemble de la Suisse, sur le thème des couleurs. L’accueil et le balisage sont soigneusement préparés avant l’arrivée des visiteurs. Des historiens, des restaurateurs d’art, des fonctionnaires des services d’archéologie et des monuments historiques donnent des explications, préparent des fiches, guident le public dans des endroits parfois en travaux.

C’était le cas de la cage d’escalier de l’immeuble Mercier, au Grand-Chêne 8, où des restaurateurs nettoient et redonnent leur lustre au décor imitant le marbre. On pouvait aussi entrer dans la maison du peintre et verrier Jean Prahin au Monteiller (commune de Chexbres) ou dans le château de Mollens, au pied du Jura, où le nouveau propriétaire va commencer des travaux dans des salles aux plafonds peints qui n’ont pas changé depuis leur aménagement à la fin du XVIIIe siècle. Magnifique découverte!

Nous avons aussi pu profiter de la science et de la préparation soignée de deux jeunes historiennes à l’église catholique de Lutry, dont l’extérieur austère ne permet pas de deviner la luxuriante décoration intérieure, due à Alexandre Cingria: les commentaires complets et sensibles ont comblé le groupe de visiteurs.

Mais notre coup de cœur va au temple de Gilamont, à Vevey: en 1965, l’architecte Eugène Blauer a imaginé un espace hexagonal en béton, dont la toiture est pliée à la manière d’un origami. Les six façades triangulaires ainsi formées sont composées de claustra, eux-mêmes hexagonaux, faits de morceaux de verre coupés et insérés dans du béton. Les tons de ces verrières, bleu foncé dans les parties inférieures, s’éclaircissent dans les parties supérieures et créent un effet de kaléidoscope saisissant. Cet assemblage est dû au peintre et verrier François de Ribaupierre (le père de Derib). La totalité de l’édifice est formée de triangles qui rappellent la Trinité et l’élévation spirituelle. On en trouve une photographie noir / blanc dans Entre Arts & Lettres, Trois siècles de rayonnement culturel autour de Vevey et de Montreux, p. 443.

Sans rivaliser avec le Valais, le Canton possède quelques belles églises modernes en béton. Mentionnons Saint-Matthieu à Lausanne, Notre-Dame-des-Vignes à Cully et Saint-François à Renens (ces deux dernières catholiques), mais le temple de Gilamont à Vevey est de loin le plus original et le plus élégant.

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27.02.2020 - 09:15