Identification
Veuillez vous identifier

Mot de passe oublié?
Rechercher


Recherche avancée

De l’or pour la Suisse

Denis Ramelet
La Nation n° 2004 31 octobre 2014

L'un des trois objets au menu des votations fédérales du 30 novembre est l’initiative populaire intitulée «Sauvez l’or de la Suisse!», qui propose l’introduction d’un nouvel article dans la Constitution fédérale:

Article 99a (nouveau) Réserves d’or de la Banque nationale suisse

1 Les réserves d’or de la Banque nationale suisse sont inaliénables.

2 Elles doivent être stockées en Suisse.

3 La Banque nationale suisse doit détenir une part importante de ses actifs en or. La part de l’or ne doit pas être inférieure à 20%.

Nous approuvons ce nouvel article constitutionnel. Avant de discuter les principaux arguments pour et contre, un brin d’histoire montrera que ces trois alinéas n’ont rien d’extravagant. Rappelons en effet que, de 1953 à 1999 (ce n’est pas si vieux), l’article 19 alinéa 2 de la loi sur la Banque nationale disposait: «La couverture-or doit s’élever à 40 % au moins des billets en circulation.» Jusqu’en 1979, cet alinéa ajoutait même: «La couverture- or minimum doit être conservée en Suisse.»

Suite aux pressions américaines sur la Suisse dans le cadre de l’affaire des fonds juifs en déshérence (fin des années 1990), la loi sur la Banque nationale a été modifiée et la BNS a vendu 1 500 des 2 500 tonnes d’or qu’elle détenait, et ce au cours le plus bas, faisant ainsi perdre des dizaines de milliards à ses actionnaires qui sont, pour les deux tiers, les cantons.

Apparemment, l’or qui a été vendu était pour l’essentiel celui que la BNS avait mis en dépôt auprès de la Réserve fédérale américaine. En effet, d’après les déclarations du président de la BNS, Thomas Jordan – que nous sommes obligés de croire sur parole –, 70 % des 1 000 tonnes d’or qui nous restent sont entreposés en Suisse, 20 % auprès de la Banque centrale d’Angleterre et 10% auprès de la Banque centrale du Canada. Plus rien, donc, à la «Fed».

Pour décider les autorités suisses à vendre (à qui?) cette montagne d’or au cours le plus bas, les autorités américaines auraient-elles laissé entendre que nous ne reverrions de toute façon jamais cet or, voire qu’il ne se trouvait déjà plus dans les coffres de la Fed? Ce qui autorise à se poser ces questions, c’est la fin de non-recevoir que les Américains viennent d’opposer aux Allemands qui souhaitaient rapatrier les 1 500 tonnes d’or qu’ils ont, eux aussi, en dépôt auprès de la Fed.

L’Angleterre et le Canada sont-ils vraiment davantage dignes de confiance que l’Oncle Sam? Au vu de ce qui précède, il semble nettement plus prudent de stocker toutes nos réserves d’or sur le sol suisse, comme le demande le deuxième alinéa. D’autant plus que si ces réserves sont inaliénables, comme le stipule le premier alinéa, l’argument d’un stockage décentralisé pour faciliter les ventes perd son peu de force.

Mais pourquoi donc cette inaliénabilité? Les réserves d’or d’un pays ne sont-elles pas comme ces bijoux de famille que l’on se résout à vendre en dernier recours? Non. Les réserves d’or crédibilisent le pays et sa monnaie. En cas de crise majeure, voire d’effondrement du système financier – possible voire probable compte tenu de la spirale infernale des «assouplissements quantitatifs» et autres «politiques monétaires non conventionnelles» –, un adossement à l’or pourrait permettre au franc suisse de surnager ou, si le franc suisse devait couler avec l’euro auquel il est «arrimé» depuis trois ans, de relancer une nouvelle monnaie plus crédible car adossée à l’or. En temps normal déjà, une monnaie adossée à des réserves d’or importantes, relativement à la taille du pays et à la quantité de monnaie émise par la banque centrale, est, toutes choses égales par ailleurs, plus crédible qu’une monnaie bénéficiant d’une couverture moindre.

A ceux qui doutent de ce qui précède – et qui citent volontiers J. M. Keynes qualifiant l’or de «relique barbare» –, nous signalerons que, depuis plusieurs années, les Chinois accumulent tout l’or qu’ils peuvent, en l’achetant sur le marché mais surtout en l’extrayant à tour de bras, non seulement chez eux mais aussi en Afrique. Les Chinois sont-ils donc si stupides?

L’alinéa clé du nouvel article constitutionnel est bien sûr le troisième, celui qui fixe à 20 % minimum la part des actifs de la BNS qui doivent consister en or. Sans cet alinéa, les deux autres ne servent évidemment à rien: si les réserves d’or sont nulles, cela nous fait une belle jambe qu’elles soient inaliénables et stockées en Suisse.

La proportion de 20 % des actifs de la BNS résulte d’une pesée: cette proportion est assez importante pour avoir un impact positif sur la crédibilité du franc suisse, mais pas importante au point de diminuer par trop la marge de manœuvre de la BNS.

L’argument massue des opposants (dont la BNS elle-même) est justement de dire que cette proportion empêcherait la BNS de maintenir l’arrimage du franc suisse à l’euro, lequel arrimage soulage grandement notre industrie d’exportation.

Cette crainte est infondée. Les actifs de la BNS s’élevant actuellement à 500 milliards de francs et celle-ci détenant déjà de l’or pour 35 milliards, elle devrait acheter de l’or pour 65 milliards (voire 80 milliards en tenant compte du fait que l’achat lui-même entraînerait une hausse des actifs de la BNS). La création par la BNS de 65-80 milliards de francs pour acheter cet or aurait, par dilution, un effet baissier sur le franc suisse tout à fait dans la ligne de celui obtenu par la création, depuis 2011, de près de 300 milliards de francs pour acheter des euros et de la dette européenne (principalement) et ainsi soutenir le fameux taux plancher de 1 franc 20 pour 1 euro, favorable à nos exportations.

Enfin, les opposants font valoir que le cours de l’or est volatile et qu’il a passablement baissé depuis les sommets atteints en 2011 et 2012, au point que, en 2013, la BNS a réalisé une perte comptable l’empêchant de verser des dividendes aux cantons. Tout cela est vrai. Nous répondons simplement que la raison d’être de la BNS n’est pas d’alimenter les caisses cantonales mais de doter la Suisse d’une monnaie solide.

Pour rattraper les graves erreurs commises il y a une quinzaine d’années et, surtout, renforcer le franc suisse en prévision des tempêtes financières qui s’annoncent, nous voterons OUI à l’initiative «Sauvez l’or de la Suisse!».

Vous avez de la chance, cet article est en accès public. Mais La Nation a besoin d'abonnés, n'hésitez pas à remplir le formulaire ci-dessous.
*


 
  *        
*
*
*
*
*
*
* champs obligatoires