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On nous écrit

Félicien Monnier
La Nation n° 2175 21 mai 2021

Même si c’est brièvement, permettez-moi de vous exprimer ma grande surprise et ma réelle tristesse quant à votre consigne de vote « Oui» pour la loi Covid-19 parue dans votre dernier numéro 2174.

Outre les subtilités techniques et constitutionnelles que vous tentez d’expliquer dans deux exposés qui, je l’avoue, restent pour moi quelque peu confus et flous car tout imprégnés du fameux compromis helvétique qui, à mon avis, trouve mal sa place en la matière, il me semble que vous oubliez l’essentiel… comme si la crise n’était que sanitaire!

J’ai franchement du mal à penser que le discernement de La Nation n’aille pas plus loin ou n’ose pas y aller.

Et si, comme je le crois, nous sommes déjà bien engagés dans un système dictatorial (et bien évidemment pas seulement en Suisse – je vous renvoie au contenu du cynique ouvrage de Klaus Schwab Covid-19: La Grande réinitialisation), je ne peux, au contraire, que me ranger très clairement à la position des Amis de la Constitution et encourager leur engagement et leur courage. En vous réitérant ma franche désolation de voir La Nation faire le choix opposé.

Dominique-Jean Pelou

Que la Ligue vaudoise recommande le OUI à la LexCovid a suscité de l’incompréhension chez certains de nos lecteurs. Ils voudraient exprimer leur ras-le-bol en refusant la loi. Encore plus que de donner un coup de frein à des mesures jugées dignes des pires dictatures, voter NON reviendrait selon eux à enrayer une dynamique générale – et mondiale! – de privation des libertés, de surveillance généralisée et de dépossession des droits politiques. C’est en tout cas la tendance développée par les Amis de la Constitution.

Nous admettrons avec eux que cette crise a vu le Conseil fédéral prendre à l’égard de nos vies privée, professionnelle et sociale les mesures les plus intrusives de l’histoire de la Confédération. Et nous avons vécu, en les acceptant facilement, des privations inimaginables il y a deux ans.

Il suffit de penser au port du masque obligatoire, à la fermeture des salles de concert, aux réglementations vétilleuses du nombre de convives autorisé aux Fêtes de Noël, à l’imposition de quarantaines et d’isolements draconiens, aux plans de protection hydroalcooliques, aux subtilités byzantines sur la différence entre une visite guidée dans un musée et une rencontre associative, ou encore aux règles sur le nombre de spectateurs autorisé dans les stades…

Nous considérons toutefois que, lors d’une votation, il faut s’exprimer sur l’objet soumis au peuple, et rien d’autre. Il s’agit de la seule chose que maîtrise réellement le votant. A la fin du compte et le soir du vote, la seule chose qui importe est l’adoption ou non d’un texte légal et de son contenu. Voter pour faire passer un message ne fonctionne jamais, car trop incertain. Dans les tribunaux et l’administration, on applique ou non une loi. On n’y invoque pas le message que le peuple a voulu faire passer. Même en cas de refus, les problèmes que le projet aura à tort ou à raison voulu résoudre demeureront. Les autorités en place seront toujours les mêmes, avec leur même vision des choses. La révolution ne se fait par définition pas par référendum et le 14 juin au matin Alain Berset n’aura pas démissionné.

Mais que constate-t-on en se penchant sur les mesures mentionnées plus-haut? Que si ces règles sont certes le fait du Conseil fédéral, il ne les a pas adoptées en application de la loi Covid soumise au peuple le 13 juin.

Les intrusives mesures prises depuis mars 2020 découlent toutes de la loi sur les épidémies (LEp) et de son ordonnance d’application du 19 juin 2020. Le peuple a accepté la loi sur les épidémies en votation le 22 septembre 2013. Rappelons qu’ayant identifié son potentiel centralisateur, intrusif et étatiste, la Ligue vaudoise avait à l’époque recommandé le NON1. Mais aujourd’hui, refuser la loi Covid ne changera rien à ce qui fonde la colère des référendaires.

Quel est donc l’objectif des Amis de la Constitution? Il est possible qu’ils envisagent que le Conseil fédéral renoncerait aux mesures contre l’épidémie si le peuple venait à jeter à la poubelle les mesures d’aide économiques prévues dans la loi Covid. Penser cela reviendrait cependant à spéculer très fortement. En cas de refus, les mesures que nous avons subies continueront en réalité d’être appliquées de manière dégressive, tout simplement parce que la situation se détend. Mais les aides économiques seront mises en péril. Si une réforme efficace doit intervenir, c’est au niveau du droit d’urgence et de la loi sur les épidémies; pas en espérant «siffler la fin de la récréation» qui se déroule dans une autre cour d’école que la nôtre.

Notes

1    Delacrétaz Olivier, «La loi sur les épidémies, un monstre législatif», La Nation
n° 1975, 6 septembre 2013.

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