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Une étude d’avocats au mitan du siècle passé

Jean-Blaise Rochat
La Nation n° 2175 21 mai 2021

Bientôt nonagénaire, Annette Schneider est manifestement une femme au caractère bien trempé, forgé par une enfance et une adolescence vécues à une époque difficile pour une famille pauvre. Elle vient de livrer à la publication ses souvenirs, rédigés dans un style très direct, d’une sémillante ardeur. Engagée politiquement au sein du Parti radical dès 1971, on lui doit en outre une activité opiniâtre pour la sauvegarde du château de La Sarraz qui vient justement de rouvrir ses portes aux visiteurs.

Au début de son récit, quelques pages sont consacrées à son premier emploi de secrétaire. Elle n’avait que 17 ans. En voici de larges extraits:

«Petite banlieusarde – j’habitais toujours Chavannes-Renens – j’étais impressionnée et fière de me trouver dans une étude de cinq avocats, chaque Maître ayant sa propre secrétaire. Ce qui n’empêchait pas les échanges en période de vacances. C’est donc à la place Saint-François, dans l’immeuble du magasin Bonnard, que chaque jour j’empruntais l’imposant et large escalier qui me conduisait à mon bureau du premier étage. […]

Mon employeur, Me Philibert Muret, homme de référence que j’ai toujours apprécié par sa droiture et sa régularité, partageait l’étude avec d’autres confrères, notamment avec Me Marcel Regamey. […] Tant Me Philibert Muret que Me Marcel Regamey me distribuaient le travail avec beaucoup de politesse, mais étaient intransigeants quant à la bienfacture. […] L’apparence rigide de Me Philibert Muret, officier dans l’armée, m’impressionnait. Et pourtant, à aucun moment je ne l’ai entendu élever la voix. […] Me Marcel Regamey était l’opposé de Me Philibert Muret, excepté la stature «fil de fer». Il n’a certainement pas vécu une jeunesse estudiantine dissolue, s’est confiné dans ses livres, ses lois, sa politique et sa musique. J’étais toujours amusée par son apparence lorsqu’il arrivait à l’étude: visage émacié, sans attrait quelconque, une dentition irrégulière, une paire de petites lunettes rondes, toujours vêtu – été comme hiver – d’une écharpe enroulée autour d’un cou trop long, des guêtres grises couvrant en partie ses chaussures bien cirées. En plus, cependant, il débarquait en hiver muni de chaussettes enfilées sur ses chaussures, une manière comme une autre pour éviter de glisser sur le sol gelé ou enneigé depuis Epalinges, son lieu de résidence.

Je le sentais souvent mal à l’aise face à une femme. Comme par exemple le jour où je remplaçais sa secrétaire, il m’a demandé de me rendre au bureau du juge informateur copier un dossier dont les accusés l’avaient choisi comme défenseur. Comme il s’agissait d’une affaire d’homosexuels, il se voyait gêné de me confier un tel travail. Je peux le comprendre. La phrase qu’il a ajoutée avant de me libérer reste encore aujourd’hui bien vivante: Mademoiselle, quand vous copierez ce dossier, je vous en supplie, fermez les yeux!»

Référence: Annette Schneider, Confession d’une dame du Pays de la Venoge, préface d’Olivier Feller, Vevey, Editions de l’Aire, 2021, 240 pp.

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