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On nous écrit: Service civil et inégalités professionnelles

RédactionOn nous écrit
La Nation n° 2046 10 juin 2016

M. Adrien Bastian, lecteur de La Nation, a réagi à l’article de M. Alain Mermoud publié dans notre édition du 13 mai 2016 et intitulé «Engagement aux frontières et solidité sociale de l’armée»:

Dans votre édition du 13 mai 2016, […] M. Mermoud décrit les réformés, les civilistes, les étrangers et les femmes comme des concurrents déloyaux [dans le monde professionnel] des cadres de l’armée, leur subtilisant des tâches durant leurs absences répétées. L’argument peut tenir en ce qui concerne les réformés et les étrangers, qui ne sont soumis à aucune obligation envers l’Etat, service de protection civile excepté. […].

En revanche, M. Mermoud ignore à dessein le fait que les civilistes doivent s’absenter de façon répétée au même titre que les membres de l’armée de milice. Les civilistes sont même tenus d’accomplir davantage de jours que les militaires, ce qui est censé diminuer quelque peu les avantages apportés par ce service alternatif. […]

Il est de bon ton aujourd’hui chez les cadres de l’armée de vilipender les civilistes et de tenir pour négligeable leur contribution au bien-être commun. Au lieu de louer le fait que nombre de jeunes souhaitent encore servir leur pays à une époque où il est si facile de se faire réformer, on préfère la facilité de mépriser l’engagement de ses concitoyens. Osons le dire, une telle attitude est nuisible à la cohésion de la société, à laquelle votre mouvement tient tant.

En gros, M. Bastian formule deux objections. Les civilistes exécutent un service à la communauté une fois et demie plus long que le service militaire. A ce titre, ils seraient prétérités sur le marché de l’emploi comme les militaires en général, les cadres en particulier. D’autre part, il reproche à certains officiers de l’armée de s’en prendre trop facilement au service civil. Ces cadres oublieraient que les plus «lâches» sont les réformés artificiels, bénéficiant de certificats médicaux de complaisance ou feignant des déficiences psychiques lors du recrutement.

Il est vrai que certains civilistes effectuent leur service de manière entrecoupée, sur le modèle des cours de répétition. Cela occasionne des absences et des ennuis professionnels similaires à ceux causés par le service militaire. Nous le reconnaissons. Cela doit toutefois être nuancé. De très nombreux civilistes font leur service en deux ou trois blocs. Souvent effectués durant les études du civiliste, ils ne le prétéritent guère sur le marché de l’emploi.

Certains cadres de l’armée vilipendent le service civil. Et ils continueront sans doute; notamment tant que des injustices professionnelles seront faites en faveur des civilistes. Il est inacceptable que des hôpitaux étatiques proposent à leurs médecins militaires de passer au service civil pour qu’ils l’effectuent sur leur lieu de travail. Il est inacceptable que des juristes fraîchement diplômés effectuent leur service civil à la faculté de droit comme assistants. En cela, le service civil occasionne de réelles distorsions de concurrence, permettant d’ajouter une ligne importante sur son curriculum vitae.

Les civilistes arguent souvent du fait que leur service est une fois et demie plus long que le service militaire. Ce chiffre est une blague sans nom. L’immense majorité des civilistes ne travaillent qu’aux horaires de bureau, soit le tiers de la journée. La récente décision des Chambres fédérales d’ouvrir l’accompagnement scolaire aux civilistes en est une nouvelle démonstration. La journée militaire – du soldat qui fait de la garde de week-end, au commandant que l’on réveille en urgence dans sa déjà courte nuit – dure vingt-quatre heures. Le multiplicateur de un et demi est largement trop faible.

Reste l’objection de ne pas nous en prendre suffisamment aux abus de la voie bleue. Le réformé par mensonge exploite une faiblesse technique du système et commet parfois une infraction pénale. On renonce trop souvent à la poursuivre par manque de moyens et de volonté. Le service civil est en revanche l’institutionnalisation d’une erreur philosophique.

Il est basé sur la libre volonté du civiliste de juger que la défense de sa communauté ne le concerne pas. L’indépendance politique garantie par l’armée est pourtant le préalable nécessaire à l’exercice de sa liberté par le civiliste. D’autres que lui peuvent aller faire la garde aux frontières, assurer la sécurité lors de l’inauguration du tunnel du Saint-Gothard ou d’une conférence de paix. En dernière analyse, il juge être trop précieux pour, si nécessaire, se faire tuer.

Notre journal continuera de demander l’abolition du service civil.

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