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Notre hydraulique

Jean-François Cavin
La Nation n° 2160 23 octobre 2020

Les participants aux Entretiens du mercredi ont eu récemment le plaisir d'entendre M. Guillaume Gros, ingénieur nucléaire de formation, actuellement responsable d'un service de Romande Energie, s'exprimer sur la politique énergétique, en particulier dans la perspective des énergies électriques renouvelables. Le défi est de taille, puisqu'il s'agit de remplacer d'ici vingt ou trente ans l'électricité nucléaire qui procure aujourd'hui environ 40% de nos besoins. Les perspectives les plus prometteuses se trouvent du côté de l'énergie solaire, qui se heurte à peu d'oppositions et dont le coût s'est spectaculairement réduit au fil des années. Mais cela ne suffira probablement pas si certains paramètres de notre politique énergétique ne sont pas revus.

En premier lieu, il s'agit de rectifier les prévisions sur le besoin d'énergie, si l'on veut orienter notre action de façon réaliste. En effet, la stratégie fédérale repose sur la conviction qu'on peut diminuer la consommation d'électricité de façon drastique d'ici 2050. Or il est difficile de croire qu'on y parviendra. M. Gros est sceptique. Nous serions encore plus incrédules en constatant la multiplication des installations électroniques (instruments de contrôle, commandes à distance, applications diverses) et le développement probable des véhicules à propulsion électrique. Il est indispensable que la Berne fédérale cesse de vivre dans l'illusion.

Les sources énergétiques de remplacement sont peu nombreuses. S'il y a un certain potentiel dans la géothermie, l'éolien suscite tellement d'oppositions (amplement justifiées à notre avis à l'égard de cette énergie imprévisiblement intermittente et coûteuse, qui défigurerait certains de nos sites naturels les plus remarquables) que l'objectif officiel de couvrir quelque 8% des besoins paraît déraisonnable. L'hydraulique – au fil de l'eau et barrages – reste l'énergie non polluante la plus importante pour notre pays. Il n'y a plus beaucoup de possibilités de la développer; encore faut-il la maintenir.

Le paradoxe est que cette électricité, qui a tout pour elle – renouvelable, indigène, assez bon marché, injectable dans le réseau au gré des besoins – est menacée par la concurrence allemande, laquelle cumule les défauts: elle est polluante s'agissant des centrales à charbon et subventionnée s'agissant des champs d'éoliennes. Son coût extrêmement bas est donc dû à des procédés qui empestent l'atmosphère et empoisonnent le marché. On ne peut quand même pas laisser nos barrages à l'abandon; la Confédération a donc versé des subventions aux sociétés exploitant les installations d'accumulation et leurs centrales, pendant quelques petites années; il est question de prolonger cette aide.

Quand la question du subventionnement s'est posée, nous avons suggéré qu'elle soit couplée à une taxation de l'énergie importée, pour compenser les subventions allemandes qui faussent le jeu et pour pénaliser les pollueurs. L'aide allouée à l'hydraulique ne serait donc pas une faveur accordée à une industrie faiblarde, mais la rectification d'un déséquilibre causé indûment par un Etat étranger. Nous n'avons pas été entendus à l'époque; probablement que la Suisse craint d'indisposer l'Union européenne, hostile à tout obstacle aux échanges. Or il ne s'agirait pas de protectionnisme, mais d'une mesure de défense contre une sous-enchère déloyale. L'UE, qui est censée ne pas aimer non plus les distorsions de concurrence provoquées par les aides d'Etat, ne devrait pas être insensible à cette argumentation. A-t-on même tenté de négocier cela?

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