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Désobéissance civile pour toutes et pour tous

Le Coin du Ronchon
La Nation n° 2158 25 septembre 2020

En pleine préparation pour sa semaine d’actions, Extinction Rebellion organise, pour ses nouveaux membres, des « formations à la désobéissance civile ». Immersion aux côtés de ces militants en herbe. Ainsi commence un publireportage (du moins avons-nous d’abord pensé que c’en était un) paru dans Le Temps du 18 septembre dernier, où des journalistes se sont plongés dans le petit monde délicieusement subversif des jeunes contestataires qui veulent sauver le monde et pimenter leur vie en cessant de respecter les lois, les institutions et les autres gens.

Notre premier réflexe a été de soupçonner une certaine connivence entre la gent médiatique et le microcosme révolutionnaire. On sent en effet beaucoup de bienveillance dans l’article, qui nous décrit une «ambiance conviviale», un «moment de détente et de rigolade», des protagonistes sympas et cool, les «valeurs morales d’XR». Lorsque les formateurs imaginent un scénario où il s’agirait de «bloquer l’entrée du journal Le Temps pour le forcer à parler plus régulièrement de la crise climatique» (sic!), personne n’y croit; les jeunes filles «craignent qu’une forme de violence puisse être ressentie par les journalistes».

Pourtant, à la réflexion, on se demande si cette hagiographie en est vraiment une. Car elle ne fait finalement que confirmer toute une série de clichés, des plus négatifs aux plus hilarants. Les protagonistes sont des caricatures de gens fragiles («Prendre conscience de l’urgence climatique a été très difficile, ça m’a provoqué des crises d’angoisse et des insomnies, raconte Sarah»; un formateur «joue le méchant flic, rôle qu’il admet trouver très éprouvant»). Ils mangent de la salade de lentilles et du pain d’épice végane. Ils forment des «binômes» pour «apprendre l’écoute active de l’autre» (l’autre étant exclusivement celui qui partage les mêmes idées). Les formateurs en illégalité sont obsédés par la dénonciation d’éventuels actes illégaux de la police…

Euh… mais pourquoi? Si sur les treize participants il y avait un ou deux journalistes, on ne peut exclure que des policiers se soient aussi infiltrés dans cette formation. Après tout, eux aussi ont sans doute des causes qui leur tiennent à cœur (#interpellationsRebellion) et qui, en bonne logique, légitimeraient un recours à la désobéissance civile.

Et lorsqu’on voit, dans le même journal, le juridisme étroit avec lequel on juge les promoteurs immobiliers valaisans (#constructionRebellion), on réalise que la lutte sera encore longue jusqu’à ce que le droit à la désobéissance civile soit véritablement reconnu à toutes et à tous.

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