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Philippe Jaccottet (1925-2021)

Yves Gerhard
La Nation n° 2170 12 mars 2021

Le poète vaudois vivant à Grignan est décédé le 24 février. Il faut ajouter cette date dans le volume de la Pléiade qui comprend ses œuvres, paru en 2014 grâce aux soins attentifs de José-Flore Tappy, entourée en particulier de Doris Jakubec. Nous avions souligné en son temps, dans La Nation du 21 mars 2014, la publication de ce beau volume du troisième auteur vaudois, avec C. F. Ramuz et Benjamin Constant, à recevoir l’honneur d’être édité dans cette prestigieuse collection. Aujourd’hui, le monde des lettres, tant françaises que romandes, pleure l’un des poètes les plus inspirés du XXe siècle, et surtout l’un des plus originaux dans sa démarche de créateur. Curieusement, une étude vient d’être consacrée par Fabien Vasseur à Philippe Jaccottet, Le combat invisible, dans la collection Le Savoir suisse (novembre 2020), et un article, comme prémonitoire, dû à la plume de M. Daniel Laufer: «Des Cahiers de la Renaissance vaudoise aux Cahiers de poésie», publié récemment dans ce journal, le 29 janvier.

Philippe Jaccottet était le président d’honneur du concours de poésie française «La Feuille de Chêne» qui, vous le savez bien, publie les œuvres des lauréats de ce concours soutenu financièrement par la Fondation Marcel Regamey. Il avait accepté cette fonction de bon gré, non sans nous mettre en garde contre le risque de publier des «épigones». Nous ne pensons pas avoir prêté le flanc à ce travers. Il avait mis une grande confiance dans le comité de lecture chargé de désigner les lauréats et avait apprécié les sonnets d’Edouard de Perrot et les poèmes des autres auteurs publiés. La Feuille de Chêne pleure son président d’honneur.

A ses vingt ans, Philippe Jaccottet publiait ses premiers poèmes. Dans les Cahiers de la Renaissance vaudoise, le n° 25, de 1945, consacrait une chronique aux Cahiers de poésie dont il a été question plus haut. Marcel Regamey saluait en Philippe Jaccottet un vrai poète: «Il a même de quoi devenir un grand poète, s’il ne se borne pas aux transcriptions brutes de la sensibilité mais que, s’emparant avec vigueur des images, des mélodies et des rythmes que sa nature comblée lui suggère à foison, il n’ait de repos qu’il les ait contraints à servir une pensée cohérente et une langue simple et directe.» Quelle vision quasi prophétique! Ceux de nos lecteurs qui souhaitent lire les considérations de Marcel Regamey sur les conditions d’une vraie poésie pourront retrouver cette citation et les développements qui suivent dans l’essai biographique qui lui est consacré: Le chemin de Marcel Regamey, Sa vie, ses écrits, son action, publié par les Cahiers de la Renaissance vaudoise en 1989, pp. 186 ss. (le volume n’est pas épuisé).

Et si vous voulez honorer la mémoire du poète décédé, quoi de mieux que de le lire? Parmi plusieurs textes qui pouvaient être proposés, nous avons choisi Truinas, le 21 avril 2001, nom d’un village où le poète et son épouse se rendent pour l’enterrement d’un ami, un jour où il se met à neiger (Edition de la Pléiade, pp. 1195 ss.). La réflexion sur ce qu’il convient de dire, de lire, de percevoir un tel jour, est particulièrement stimulée, avec les mots les plus simples et de nombreuses références littéraires. Nous n’en tirerons que cette phrase, qui clôt un développement: « Figures noires prêtes à se défaire aussi comme des flocons, mais tellement plus misérables qu’eux. »

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