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L’Etat et le mariage pour tous

Olivier Delacrétaz
La Nation n° 2182 27 août 2021

On peut s’étonner de l’atonie d’une grande partie de l’électorat à l’égard de la révolution que représente le «mariage pour tous». Il est vrai qu’on a réduit l’affaire à cette simple question juridique: un couple de même sexe a-t-il le droit d’avoir des enfants? La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, le Conseil fédéral et le Parlement répondent par l’affirmative, au motif que l’Etat n’a pas à se mêler de la vie privée du citoyen. Cet argument n’est pas très sérieux, car le mariage, les fondements du mariage, sa portée symbolique, son rôle social, sa forme et ses limites sont des questions évidemment publiques.

En fait, la première question devrait être celle-ci: l’Etata-t-il le droit de bouleverser, au nom de l’égalité des droits et dans une perspective étroitement individualiste, la structure fondamentale et universelle du mariage, c’est-à-dire l’union d’un homme et d’une femme en vue de fonder une famille?

La famille, mieux, la lignée familiale, fournit le modèle abstrait et le cadre concret du renouvellement de la société et de l’espèce. Chaque lignée, spécifiée par un patronyme immuable, est un ancrage dans l’espace et dans le temps qui renforce et stabilise la société. Ainsi, en protégeant le mariage et la famille traditionnels, l’Etat s’assure à lui-même les conditions de sa durée. Le «mariage pour tous» ébranle le modèle, disjoint le cadre, casse les lignées familiales, affaiblit l’ancrage, brouille la durée.

Il y a toujours un homme et une femme à l’origine de la naissance d’un enfant. Cela leur crée une responsabilité morale immense à son égard. Le droit matrimonial fixe et détaille ces responsabilités sur le plan juridique. Avec le «mariage pour tous», à l’inverse, le parlement fédéral légitime le fait qu’un enfant soit volontairement privé de son père ou de sa mère pour satisfaire la revendication d’un couple de même sexe. Autrement dit, il autorise explicitement le père d’un enfant à ne pas assumer sa paternité ou sa mère à ne pas assumer sa maternité.

En d’autres termes encore, il néglige ce fil invisible qui unit l’enfant à ses parents et subsiste même à travers les pires des conflits. C’est d’autant plus incompréhensible que notre époque – par ses psychologues, ses anthropologues, ses écrivains, ses cinéastes – accorde, plus peut-être qu’aucune autre ne l’a fait, une importance déterminante au rôle de la filiation – connue, pressentie, recherchée – dans la construction de la personnalité.

Le caractère mixte du couple traditionnel assure deux fonctions opposées que le mariage rend complémentaires, l’une et l’autre nécessaires à l’enfant: la fonction centrale et rassembleuse de la mère et celle, extérieure, protectrice et séparatrice, du père. L’enfant en tire à la fois le sens de son appartenance familiale et le sens de son autonomie propre. Il arrive qu’un des parents doive suppléer aux insuffisances de l’autre, parfois jusqu’à l’échange des rôles. Mais l’altérité reste. Le couple homosexuel, remplaçant cette altérité en tension par une relation du même au même, prive l’enfant d’un facteur majeur de structuration. L’Etat l’a-t-il seulement vu?

On dira que nous accordons à tort une valeur normative à des constructions sociales fondées sur des préjugés sexistes, patriarcaux et homophobes. Il est vrai que les mœurs sont, pour une part, des constructions sociales. Mais ces constructions constituent une réalisation concrète des dispositions naturelles de l’homme et de la femme, et non pas le résultat d’un complot des mâles pour dominer les femmes, comme le disent les «intersectionnels». Le plan de base du mariage n’est pas une construction, mais un donné anthropologique. Il ne prévoit pas le mariage unisexe, qui est, lui, une construction idéologique.

On nous dira aussi que la question ne concerne qu’une proportion marginale de la population. C’est d’ailleurs probablement cette perspective qui calme la conscience de ceux qui n’osent pas avouer les craintes qu’ils éprouvent malgré tout pour les enfants adoptés par un couple homosexuel. C’est une attitude inacceptable, ne serait-ce que parce que le «mariage pour tous» porte une atteinte symbolique générale au mariage et à la famille. De plus, si peu nombreux que soient les enfants concernés, ces quelques milliers méritent, au moins autant que les autres, toute la vigilance du législateur.

Certains jugeront que nous évoquons toutes sortes de risques invraisemblables pour étayer nos critiques. Entrant dans leur jeu, nous pourrions leur répondre que certains domaines comportent des risques non exactement identifiés, mais potentiellement si graves qu’il vaut mieux s’abstenir. C’est ce qu’on appelle le principe de précaution. On l’invoque à propos des organismes génétiquement modifiés, des téléphones portables, du génie génétique, des nanotechnologies. Ne serait-il pas opportun de l’invoquer à propos du «mariage pour tous»?

Le vote du 26 septembre est l’occasion de bloquer la déconstruction continuelle de la famille – la prochaine étape étant la légalisation du recours aux mères porteuses – qu’un monde politique sans imagination ou sans courage est en train d’imposer aux nouvelles générations.

Nous voterons non au «mariage pour tous» et engageons nos lecteurs à faire de même.

 

La Fondation pour la Famille mène la campagne en Suisse romande contre le «mariage pour tous». Vous pouvez soutenir financièrement son action en effectuant un versement grâce au code QR ci-contre ou au moyen des informations bancaires suivantes:

IBAN CH66 0900 0000 1538 2602 0
Fondation pour la Famille, CP 37, 1971 Grimisuat

Cela servira à financer des tous-ménages régionaux ainsi que des affichages. Plus d’informations sont disponibles à l’adresse: http://papa-maman.ch

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