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Hommage à un poète d’aujourd’hui

Daniel Laufer
La Nation n° 2161 6 novembre 2020

Le Persil, journal inédit qui se dit à la fois parole et silence, consacre sa belle et triple édition d’octobre 2020 à un hommage considérable au poète Pierre-Alain Tâche, qui fêtera ses huitante ans le 24 octobre prochain. Nous y aurions volontiers ajouté, non sans quelque malice peut-être, un sonnet de notre crû, mais son dédicataire l’eût probablement accueilli avec le même froncement de sourcil que celui d’André Breton découvrant, fâché, un alexandrin d’Eluard. Il n’en demeure pas moins que ce numéro de Persil impressionne, d’abord par son élégant format (presque en A3), par l’abondance et la belle mise en pages des textes, proses ou poèmes, par son illustration – entre autres une superbe pointe sèche en double page de Pierre-Yves Gabioud – et en guise d’introduction, une grande lettre de Bertil Galland empreinte de cette cordialité propre aux poètes qui se connaissent de longue date.

On est aussi impressionné par la bibliographie de Pierre-Alain Tâche, par l’ampleur de son œuvre: près d’une trentaine d’éditeurs l’ont publié. A commencer par Galland-le-Découvreur qui publia Greffes aux Cahiers de la Renaissance Vaudoise, en 1962. Tâche avait 22 ans… Certes, nous sommes en poésie, les tirages sont poétiques, et la notoriété du poète est due à sa constance dans son écriture, au foisonnement de ses poèmes plus qu’aux succès de librairie. Tout de même il y a bien eu un éditeur, curieusement ignoré dans une bibliographie qu’on croyait exhaustive, qui a pu le faire connaître à un large public, en France particulièrement. C’est La Nouvelle Revue Française, la fameuse NRF dont Jacques Chessex lui a ouvert les portes en 1967 déjà, présentant Ventre des fontaines (paru à l’Age d’homme) dans un bel article, un article assez fouillé et élogieux. Pierre-Alain Tâche est apparu alors à plusieurs reprises au sommaire de la célèbre revue, dès 1983 avec La Promenade du dimanche, et en tout cas jusqu’en 1995 avec Fontaine française. Peut-être l’y retrouverons-nous quand la direction de la NRF se décidera à revenir à la poésie.

Les lecteurs qui me connaissent n’ignorent pas ma réserve à l’égard du «vers libre»; ils savent avec Voltaire et Jacques Réda «qu’il n’y a pas en français de véritables vers sans rimes», et approuvent donc François Deblüe quand il écrit dans Lyrisme et Dissonance: «le vers libre a encore à trouver sa rigueur.» Mais où est la poésie dans tout cela? Dans des vers qui n’en sont donc pas? La poésie, qui fut populaire, a-t-elle un avenir?

L’hommage à Tâche nous donne, me semble-t-il, un début de réponse, et d’abord dans les dix-neuf poèmes inédits de l’écrivain lui-même: des rythmes imperceptibles, quelquefois des assonances, mais de rime, point; des métaphores souvent oniriques, des images ailées, une pensée abandonnée à l’œil du lecteur, plus qu’à son oreille, et plus encore qu’à son œil, à sa capacité de perception, mais aussi une pensée qui nous laisse dans une perplexité telle qu’elle nous empêche souvent de comprendre le poète. Il y a un choix, de nature élitaire, à demander au lecteur de partager son désir de dépassement de la simple perception, ce qui est pourtant l’élan essentiel de toute forme d’art. C’est beaucoup lui demander, mais c’est aussi beaucoup lui donner, si le lecteur veut bien faire cet effort; ce à quoi nous entraîne toute l’œuvre des Editions Empreintes. La poésie d’aujourd’hui, ni généreuse comme Victor Hugo, ni spirituelle comme La Fontaine, est à ce prix; elle cherche des formes nouvelles, et la lecture de ce bel hommage, que l’on doit à la vision supérieure et à la persévérance de MM. Alain Rochat et Olivier Beetschen, nous associe heureusement à cette recherche.

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