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Langue, civilisation, et Macron

Jean-Blaise Rochat
La Nation n° 2165 1er janvier 2021

En France, plus que dans les autres Etats, la langue est associée au pouvoir politique. L’Edit de Villers-Cotterêts (1539), la création de l’Académie (1635), l’éradication à marche forcée des langues régionales depuis la Révolution, sont quelques étapes de l’emprise d’un Etat précocement centralisé sur la langue. Parallèlement à ces quelques balises chronologiques, la langue française a exercé durablement un magistère international incontesté dans les domaines littéraire, diplomatique, juridique et même scientifique. En 1783, l’Académie royale des sciences de Prusse de Berlin mettait au concours un sujet sur l’universalité de la langue française. Au XXe siècle encore, des écrivains étrangers, tchèque, roumain, italien, chinois, irlandais, etc. ont choisi de s’exprimer en français plutôt que dans leur langue maternelle. Pourquoi? Parce que c’est une langue claire et belle. Stendhal admirait la limpidité du Code civil (1804): «En composant La Chartreuse, pour prendre le tour, je lisais chaque matin deux ou trois pages du Code civil, afin d’e?tre toujours naturel.» Paul Valéry le rangeait aussi parmi les chefs-d’œuvre de la littérature.

Cette situation particulière crée une proximité, une complicité entre le politique et le littéraire. Le chef de l’Etat représente la langue et la civilisation françaises en France et dans le monde. Les premiers présidents de la Ve République ont admirablement illustré ce mandat tacite: la rhétorique et la pose oratoire du général De Gaulle (et de Malraux! ministre de la culture: «Entre ici, Jean Moulin…») sont en descendance directe de Bossuet. Les Mémoires de guerre sont rédigés dans le style classique d’un écrivain qui s’est souvenu de Chateaubriand et de Barrès. Le regretté président Pompidou, homme de vaste culture, est l’auteur d’une estimable Anthologie de la poésie française. Giscard d’Estaing a été élu à l’Académie française. On ne dira rien de ses médiocres tentatives romanesques, mais cela montre une volonté de lier la carrière politique à l’écriture, comme si c’était une nécessité historique. François Mitterrand, fin lettré, aimait à s’entourer d’écrivains: Françoise Sagan, Régis Debray, Julien Gracq… Il semble que le meilleur de Mitterrand écrivain soit dans les Lettres à Anne, éditées chez Gallimard à titre posthume. Dans la Collection Blanche, s’il vous plaît. Chirac a publié ses Mémoires en deux tomes. Cela n’en fait pas un écrivain. Mais il tenait son rang, et n’était pas seulement l’homme à l’aise au Salon de l’agriculture. Il était très cultivé et avait notamment une grande connaissance des arts extrême-orientaux.

La déliquescence de cette fonction implicite de gardien de la culture française a commencé avec les présidents nés après guerre, c’est-à-dire depuis Sarkozy («Casse-toi, pôv con!»). Il suffit de consulter la liste des insignifiants ministricules qui ont occupé la culture pour se convaincre que ce domaine est devenu une préoccupation secondaire. Quant aux manuels scolaires, à chaque nouvelle édition, la partie culturelle et historique s’efface devant les sujets sociétaux et les débats d’actualité.

Au début, Emmanuel Macron a pu présenter des gages d’un politicien qui serait à la hauteur de la fonction présidentielle. Contre Marine Le Pen, il était apparu comme un orateur élégant, qui l’emporta aisément face à une mégère inconsistante. Les illusions tombèrent le 24 janvier 2018. Au World Economic Forum, le président français médusa son auditoire en tricotant un discours caoutchouteux, alternant l’anglais et le franglais. Le lendemain, 20 Minutes titrait: «Macron lost in translation.» Ah! il était loin le temps où Chirac faisait rire quand il essayait de bredouiller quelques mots en anglais. C’était ça, la France, la France de toujours. Nous vivions dans le doux préjugé que la langue française était la plus belle du monde et que sa littérature était incomparable. Du pénible exercice de l’équilibriste Macron, on pouvait tirer deux conclusions: Rivarol était définitivement enterré, avec la prétention du français à demeurer une langue internationale. Le président français révélait son vrai visage de politique: un laquais très fidèle et très dévoué de la fortune anonyme et vagabonde.

Macron ne croit pas au rayonnement de la culture française. Il place son mandat sous le signe de la diversité, cette diversité dissolvante qui favorise les communautarismes et mène à la guerre civile: «Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse.» Le président aime ces formules un peu floues et ambiguës. Dans la pratique c’est, par exemple, une fameuse fête de la musique à l’Elysée. Une cohorte de musiciens techno punk envahit le palais. Une photo – qui respecte la diversité: il y a deux blancs – montre le couple présidentiel, sourire béat, complaisamment photographié entouré d’artistes en chorte et bas résille. Cette photo fera date dans l’histoire de la décadence de la société occidentale. On est très très loin de Rameau, Berlioz, Debussy, Dutilleux. On m’opposera que Macron a fait un discours remarquable aux funérailles de Jean d’Ormesson, émaillé de citations de Gide, de Chateaubriand, de Toulet. Très beau, en effet; mais quelques coups d’encensoir sur un cadavre n’engagent à rien. Tandis que la politique qui consiste à faire venir de Tunisie des professeurs d’arabe, pour enseigner cette langue au niveau primaire, confirme sa funeste et persévérante marche pour la promotion de la diversité. «Notre jeunesse est riche de cette culture plurielle.» Pour qu’on ait vraiment bien compris le projet, il ajoute que l’Etat doit «s’engager et soutenir ce qui doit, dans notre pays, permettre de faire émerger une meilleure compréhension de l’islam» (2 octobre 2020).

Il n’est pas dans les usages de notre journal de porter des jugements négatifs sur un chef d’Etat étranger en exercice, mais le président français est aussi le responsable d’une langue et d’une culture que nous partageons avec les Sénégalais, les Québécois, entre autres. Sur le plan économique, Macron est un mondialiste anglo-saxon. Sur le plan culturel, il a choisi le suicide. Pourquoi s’occupe-t-il de la promotion de l’arabe dans son pays et pas du français chez lui et dans le monde? Parce qu’on approche des présidentielles et qu’il y a des voix musulmanes à capter: «Que votre famille parle arabe en France, c’est une chance pour la France.» (5 décembre 2020) Nous ne pouvons pas rester indifférents à la destruction programmée de notre patrimoine commun. L’actuel président de la France est une personnalité nuisible et nous souscrivons aux propos d’Erdogan: «Macron est un problème pour la France. Avec Macron, la France vit une période dangereuse. J’espère que la France va se débarrasser du problème Macron le plus tôt possible.» Macron, c’est le pire du socialisme associé au pire du libéralisme.

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