Identification
Veuillez vous identifier

Mot de passe oublié?
Rechercher


Recherche avancée

La Cathédrale de Lausanne et la musique

Jean-Jacques Rapin
La Nation n° 1959 25 janvier 2013

Disons-le d’emblée, la parution de l’ouvrage La Cathédrale Notre-Dame de Lausanne, Monument européen, temple vaudois est un événement majeur pour notre communauté1. La hauteur de vues qui a présidé à sa conception et la beauté de sa réalisation en font une joie pour l’esprit, et l’Etat de Vaud s’honore en assumant une telle mission.

D’autres que nous diront sans doute tout ce qui fait le prix de ce travail, en particulier par la mise en évidence de la longue histoire de l’édifice, parfois mouvementée, des origines à son emblématique beauté d’aujourd’hui. Le titre retenu est particulièrement heureux, éloigné de tout particularisme, qui fait état des relations établies avec la France, l’Angleterre et le saint empire, et confère ainsi à notre Cathédrale un rôle éminent dans l’évolution de l’architecture gothique européenne.

Quant à la seconde partie du titre, elle est, elle aussi, parfaitement justifiée et le chapitre intitulé La Cathédrale: temple vaudois, signé Olivier Meuwly, prend toute sa signification. Car, du long cortège des pèlerinages médiévaux et de leur fervente piété mariale pour Notre- Dame de Lausanne à la naissance du canton de 1803 et aux relations – tendues ou non – de l’Etat et de l’Eglise, la Cathédrale est restée le lieu de convergence privilégié. Comme le constate avec force Olivier Meuwly: «… Point d’ancrage de la société, et donc de l’Etat appelé à en organiser l’existence […], la Cathédrale […] est bel et bien le temple de l’Etat: aujourd’hui, le cortège conduisant les autorités part du château.»2

Or, dans cette relation d’une communauté avec sa Cathédrale, la musique joue un rôle de tout premier plan, qu’il n’est pas inutile de rappeler. Antoine Reymond, à qui l’on peut exprimer une vive reconnaissance pour être à l’origine de ce magnifique projet – heureusement devenu réalité! – signe le chapitre des orgues, présentes dès 1411 à la Cathédrale. Un chapitre relativement bref, qui n’élude pas, non sans raison, le problème de la conception de l’orgue de 2003, car «[…] du point de vue de l’histoire du bâtiment et parce qu’il obstrue la vue des parties hautes de la Cathédrale, cet instrument empêche de comprendre aujourd’hui la signification de la “façade” de Lausanne, dont la conception est celle d’un chœur occidental»3.

Or, si la Cathédrale a joué et joue encore un rôle actif dans la vie musicale des Vaudois, c’est bien parce que l’invasion bernoise de 1536, en amenant avec elle la Réforme, provoque une transformation profonde de cette vie musicale. Tout est à faire, en particulier la création de textes et de mélodies propres à remplacer le chant grégorien. A l’évidence s’impose le chant des psaumes. Par eux, c’est donc bien à un éveil de la conscience musicale des Vaudois que l’on assiste dans le pays, quand en 1565 paraît le Psautier de Lausanne. Aujourd’hui encore, le style parfois rocailleux, mais plein de vérité, de vigueur et de solidité de nos psaumes, parle une langue accessible, tonale, franche et assurée, celle dont l’homme a besoin.

Un deuxième seuil est franchi, en 1823, lui aussi déterminant pour notre vie musicale, dans lequel la Cathédrale est à nouveau un élément essentiel. Il s’agit du grand concert donné à la Cathédrale par la société helvétique de musique. On y présente, entre autres, des œuvres de Haydn, de Weber et de Beethoven. Deux estrades ont été construites, l’une sous la tribune de l’orgue pour l’orchestre et ses 139 musiciens et le chœur des 110 chanteurs, l’autre dans le chœur pour les 2280 auditeurs. selon le chroniqueur de l’époque, le succès est «indescriptible», mais surtout, on n’a aucune idée, sur le moment, de l’impulsion considérable ainsi provoquée, dont tout le Canton va bénéficier, par la création de groupes de chanteurs et d’instrumentistes à Morges, Moudon, Orbe, Payerne, La Vallée, Vevey, qui sont à l’origine d’autant de foyers de culture… La même expérience se reproduit en 1842, au même lieu, avec un programme plus ambitieux – la majorité des exécutants sont des amateurs! – la 5e Symphonie de Beethoven, le Stabat mater de Rossini et le Lobgesang de Mendelssohn, et les mêmes conséquences fécondes…

Cette belle responsabilité, devenue ainsi une tradition – celle de rassembler un peuple par la culture, et singulièrement par la musique, si proche des Vaudois –, la Cathédrale continue à la remplir, en des occasions peut-être fort diverses, qui vont de la création du Requiem de Christian Favre à la cérémonie d’assermentation des autorités cantonales – mais qu’importe, car les liens qu’elle incarne avec notre identité et notre passé restent présents, conscients ou non…

Notes:

1 Editions La Bibliothèque des Arts, Lausanne 2012.

2 Op.cit. p.47.

3 Op.cit. p.193.

Vous avez de la chance, cet article est en accès public. Mais La Nation a besoin d'abonnés, n'hésitez pas à remplir le formulaire ci-dessous.
*


 
  *        
*
*
*
*
*
*
* champs obligatoires