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Vers une théologie des ministères

Olivier Klunge
La Nation n° 1959 25 janvier 2013

Dans La Nation du 30 novembre 2012, nous évoquions quelques principes qui nous paraissaient devoir présider à la définition d’une théologie des ministères qui se fait attendre depuis au moins une quinzaine d’années dans l’Eglise Evangélique Réformée Vaudoise (EERV). Depuis, le Conseil synodal a publié pour le synode des 1er et 2 mars 2013 un rapport sur la question.1

Contrairement à plusieurs occasions récentes où le synode et l’exécutif de l’EERV nous ont donné matière à critique, nous nous réjouissons de constater que ce rapport va clairement dans la bonne direction, nous rejoignant sur l’essentiel. Nous espérons que le synode saura également suivre ce cap.

La réflexion du Conseil synodal est fondée sur un souci d’œcuménisme, d’abord réformé (exprimé par la Concorde de Leuenberg, les travaux de la FEPS2 et de la CEPE3) et ouvert vers les autres confessions chrétiennes. De cette vision découle le constat que la prédication de la Parole et l’administration des sacrements sont inséparables et que le premier des ministères indispensables à la mission de l’Eglise est celui de la Parole et des sacrements. En tradition réformée, ce ministère est le pastorat, qu’il convient cependant de recentrer sur ces deux tâches centrales.

Il en découle, d’une part, le besoin d’une formation académique pour les pasteurs, d’autre part, la nécessité de restituer tant au pastorat qu’au diaconat leur originalité. Par ailleurs, le Conseil synodal constate que la vie professionnelle amène aujourd’hui des changements de carrières et qu’il est nécessaire de distinguer entre la consécration qui est donnée à vie et la reconnaissance de la vocation liée à l’exercice d’une activité spécifique au service de l’Eglise. Ceci pousse le gouvernement de notre Eglise à considérer également le poids symboliquement fort du ministère pastoral dans la population, alors que le diaconat n’existe pas depuis plus d’un demi-siècle en tradition réformée.

Sur la base de ces réflexions, le Conseil synodal a le courage de proposer une solution théologique claire, tranchant avec la pratique actuelle. La consécration doit être réservée au ministère pastoral, «seul métier qui, en régime réformé, ne s’exerce qu’en Eglise» et qui implique (en principe) le choix de consacrer sa vie («professionnelle», dixit le Conseil synodal) à l’Eglise. L’exécutif estime qu’il convient aussi de mieux discerner les vocations avant de procéder à ce pas définitif, proposant que la consécration n’intervienne qu’après cinq années d’exercice du ministère.

Un acte synodal de reconnaissance serait proposé «pour toutes les personnes appelées à exercer les divers métiers d’Eglise regroupés sous le terme de diacre: diacre-formateur, diacre-accompagnant, diacre-pédagogue, etc. Cette solution est conforme à la théologie des autres Eglises réformées. Vu le changement fondamental pour les diacres, le Conseil synodal est conscient qu’il lui reviendra de «veiller à créer une passerelle pour les professionnels en Eglise au bénéfice d’une reconnaissance diaconale qui souhaiteraient demander la consécration pastorale». Ce nouveau cadre implique également qu’un pasteur occupant aujourd’hui un poste de type diaconal ne pourra le conserver s’il ne bénéficie d’une formation professionnelle complémentaire.

À notre sens, cette approche théologique réjouissante souffre tout de même de quelques faiblesses qu’il conviendra de combler. Premièrement, les réflexions du Conseil synodal sur le pastorat font peu de place à l’importance de réserver la célébration des sacrements au ministre de l’Evangile. En particulier, la question des dérogations pastorales et celle de la situation des pasteurs non encore consacrés n’est nullement abordée. D’autre part, il nous semble qu’il conviendrait de différencier la reconnaissance synodale donnée à un diacre qui conçoit sa vocation comme l’œuvre d’une vie (sans envisager de devenir pasteur) et celle accordée en vue d’une activité conçue comme temporaire. Enfin, sur un plan pratique, nous pensons que cette réforme n’a de chances d’aboutir que si les diacres qui occupent (parfois de manière très compétente) des postes de type pastoraux sont assurés de se voir proposer un régime transitoire généreux vers le ministère pastoral.

Si le synode reste dans la voie que lui propose notre gouvernement d’Eglise, cette décision changera nettement plus la vie de l’EERV que la reconnaissance des couples homosexuels. Il s’agira cependant alors non d’une rupture, mais d’un retour à la tradition héritée des réformateurs et d’un rapprochement avec nos Eglises sœurs.

Notes: 

1 Accessible sous: http://eerv.ch/documentation/? category=1064

2 Fédération des Eglises Protestantes de Suisse, La consécration selon le point de vue réformé, Position 10, éd all. 2007, éd. Fr 2009; accessible sur www.feps.ch.

3 Communion des Eglises Protestantes d’Europe, Ministère-Ordination-Episkopé, 2012; accessible sur: http://geke.eu.webs.jalb.de.

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