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Pour en finir avec l’année Rousseau

Rédaction
La Nation n° 1959 25 janvier 2013

Voici quelques extraits de l’intervention de Maurice Barrès à la Chambre des députés, le 11 juin 1912, à propos du bicentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. De plus longues citations de ce discours ont été publiées dans L’Action française no 2847 (20 septembre – 3 octobre 2012). Le texte intégral est disponible en ligne sur le site de la Revue Critique des idées et des livres (1er juin 2012).

Je ne voterai pas les crédits que le gouvernement nous demande pour la glorification de Jean-Jacques Rousseau et je voudrais m’en expliquer brièvement. J’admire autant que personne l’artiste, tout de passion et de sensibilité, le musicien, pourrais-je dire, des Rêveries du promeneur solitaire, des Confessions et de La nouvelle Héloïse. L’homme lui-même, cette vertu pauvre et revêche alliée à cet amour lyrique de la nature et de la solitude, non, je ne ferai pas son procès. Et je ne conteste pas que du point de vue social il n’ait eu son moment d’utilité, de bienfaisance même, quand il apportait, dans une société intellectualisée à l’excès, une riche effusion d’imagination et de sentiments. […]

A l’heure où nous sommes, avez-vous vraiment l’idée qu’il est utile et fécond d’exalter solennellement, au nom de l’Etat, l’homme qui a inventé le paradoxe détestable de mettre la société en dehors de la nature et de dresser l’individu contre la nature? […] Avez-vous vraiment l’idée qu’il est utile et fécond d’exalter solennellement, au nom de l’Etat, le pédagogue qui a le plus systématiquement écarté de l’enfant les influences de la famille et de la race? […] Avez-vous vraiment l’idée qu’il est utile et fécond d’exalter solennellement, au nom de l’Etat, l’homme qui a posé comme principe que l’ordre social est tout artificiel, qu’il est fondé sur des conventions, que la famille elle-même ne se maintient que par des conventions, et qui en déduit le droit pour chacun de nous de reconstruire la société au gré de sa fantaisie? […]

Dans tous ses livres politiques, chez Rousseau, c’est la même chimère de coucher la vie sur un lit de Procuste. Sa raison arbitraire s’imagine qu’elle suffit à elle seule pour créer une société plus saine et plus vigoureuse que celle qui a sa racine dans les profondeurs mystérieuses du temps. Quelle orgueilleuse confiance en soi! […] Les morts sont nos maîtres, nous pouvons adapter leurs volontés à la nécessité présente, nous ne pouvons ni ne devons les renier. Rousseau est par excellence le génie qui essaie de nous lancer dans cette révolte néfaste, et d’ailleurs impuissante, et qui nous conseille d’agir comme si nous avions tout à refaire à neuf, comme si nous n’avions jamais été civilisés. Nous refusons de le suivre. […]

Je ne voterai pas ces crédits; je ne proclamerai pas que Rousseau est un prophète que doit écouter notre société. Il est un grand artiste, mais limité par des bizarreries et des fautes que seul l’esprit de parti peut nier. Que d’autres fassent leur Bible de L’Emile, du Discours sur l’inégalité et du Contrat social. Pour moi, je l’écoute comme un enchanteur dans ses grandes symphonies, mais je ne demanderai pas de conseils de vie à cet extravagant musicien.

 

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