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Les faits parlent d’eux-mêmes

Jacques Perrin
La Nation n° 2179 16 juillet 2021

Dans Barbarossa 1941, la guerre absolue, les historiens Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, livrent nombre de faits et témoignages qui permettent d’appréhender le concept de guerre absolue transmis par Clausewitz. La guerre absolue est menée sans relâche jusqu’à ce que l’ennemi succombe.

En voici quelques-uns, sans commentaires.

Le 3 février 1933, le général von Hammerstein, commandant en chef de la Reichswehr, invite chez lui
Adolf Hitler, devenu chancelier le 31 janvier. Après le dessert, devant l’élite de l’armée allemande, dont les futurs protagonistes de l’opération Barbarossa, Hitler se lance dans un discours de deux heures trente. L’avenir allemand passe par la destruction de l’Etat soviétique et la conquête des espaces russes. La lutte des races est le moteur de l’histoire. On ne germanisera pas les peuples annexés, seulement le sol. Le discours ne soulève aucune protestation dans une assistance conservatrice et nationaliste. Le plébéien Hitler est un moindre mal. Il a laissé dans l’ombre la solution du problème juif.

Hammerstein a déposé sur son bureau les notes prises par un de ses subordonnés. Sa fille Helga, 20 ans, est entrée au Parti communiste allemand par amour pour Léo Roth, Juif polonais, un des chefs du service de renseignements du Parti. Elle copie les notes et les transmet à son amoureux qui les envoie à Moscou sous forme codée. Staline est mis au courant. Il a déjà lu Mein Kampf où tout figure.

Pourtant, jusque dans la nuit du 21 au 22 juin 1941 où l’invasion commence, il ne croira pas à la rupture par surprise du pacte germano-soviétique, se demandant même si Hitler est au courant, recommandant à ses généraux de ne pas provoquer les Allemands à la frontière.

Le comte von der Schulenburg, ambassadeur du Reich à Moscou depuis 1934, diplomate de la vieille école, pense comme Bismarck que l’amitié avec la Russie avantage l’Allemagne. Il est au courant du projet d’invasion depuis 1940. A ses yeux, l’URSS est une noix trop dure à casser, le peuple russe étant capable de supporter défaites, reculs et pertes. Hitler est sourd aux avertissements de Schulenburg. Par patriotisme, celui-ci se rend coupable de haute trahison. Par trois fois il tente de prévenir les Soviétiques de ce qui se trame. Les diplomates russes n’en croient rien. Le 22 juin à 5h30, le comte dit à Molotov, ministre des Affaires étrangères: C’est le début de la guerre. Molotov ému répond: Nous n’avons pas mérité ça.

L’ambassadeur sera pendu, ayant participé au complot du 20 juillet 1944 contre Hitler.

Les milieux politiques et militaires allemands croient à une victoire facile. Aucune Cassandre, excepté un chargé d’affaires à l’ambassade de Moscou, Gebhardt von Walther, qui juge le régime stalinien solide et assuré du soutien populaire en cas de guerre défensive. En faisant de l’Union soviétique un zoo peuplé de sous-hommes sous patronage juif, la direction allemande renonce à penser en termes politiques. L’idéologie nazie prime sur la prudence professionnelle et la simple raison.

Pour Staline aussi, l’idéologie prime. Le double commandement, supprimé après la très pénible victoire soviétique sur les Finlandais, est réintroduit. Tout ordre doit porter la signature du chef militaire de l’unité et celle du commissaire politique. Les profondes divisions des républicains espagnols ont marqué Staline. Elles l’ont décidé à purger l’Armée rouge. L’anéantissement des germes de sédition l’emporte sur toute considération rationnelle. 27'000 officiers expérimentés peuvent bien périr si ceux qui leur succèdent sont dignes de la confiance du Parti.

Le dimanche 22 juin, l’effet de surprise sur les troupes soviétiques est total. Le futur maréchal Rokossovski a invité ses commandants de division à une partie de pêche. Le général Kirponos, fou de football, a des places pour le match Dynamo Kiev – CSKA Moscou dans un nouveau stade de 50'000 places. Il n’en profitera pas.

Méfaits de l’idéologie dans le témoignage de A. E. Dorochkov, vétéran:

Le professeur nous a bourré le crâne avec les frères de classe. Ces hommes-là ne combattraient pas le pays des ouvriers et des paysans. Et nous stupides, avons tout avalé. Nous avons cru en la conscience de classe de la classe ouvrière allemande. Il y avait des affiches à la frontière qui disaient: Ici commence un pays de travailleurs et de paysans. Ne tire pas sur tes frères prolétariens!

En juin 1941, cinq soldats allemands désertent, sur plus de 3 millions d’hommes. Quatre d’entre eux sont fusillés comme provocateurs, ayant traversé la frontière avant le 22 juin. Le cinquième est utilisé par la propagande comme figure du bon Allemand, communiste et ouvrier. La communauté raciale parle plus aux soldats allemands que l’appartenance de classe.

Staline, réglant brutalement le sort des incompétents présumés, fascine Hitler. Le général d’armée Katchalov tombe au combat. Sa mort courageuse n’est pas connue. Staline le dénonce devant la nation comme lâche et prisonnier volontaire. Katchalov est condamné à mort in absentia. Sa femme passe 8 ans en Sibérie. Libérée en 1949, elle veut réhabiliter l’honneur de son mari: agissement antisoviétique, arrestation. Le calvaire de Mme Katchalov s’arrête à la mort de Staline. Le 31 décembre 1941, Hitler fait un exemple avec le général von Sponeck, accusé d’avoir reculé sans ordre et abandonné Kertch à l’ennemi. Le prévenu dégradé, dépouillé de ses décorations, est contraint de rester debout durant les débats. Il est condamné à mort. La peine est commuée en 6 ans de forteresse. On est loin des rigueurs staliniennes, mais Hitler a agi avec une sévérité inédite dans l’histoire des armées allemande ou prussienne.

Le 8 juin 1941, Hitler avoue que si Barbarossa tourne mal, tout est perdu. Le 21 juin: C’est comme si je poussais la porte d’une chambre obscure et inconnue, sans savoir ce qui se passe derrière.

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