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Paysages helvétiques

Simon Laufer
La Nation n° 2176 4 juin 2021

Quatre jours et 1500 kilomètres au volant d’une Citroën DS 19 de 1968, c’est la petite escapade que je me suis permise avec quelques amis avant le début de nos examens universitaires. Si formellement notre itinéraire partait de Gland en passant par Soleure, Zurich puis Interlaken, la réalité était tout autre. Collines chatoyantes, forêts abondantes, rives pittoresques et murs vertigineux. Un voyage en Suisse profonde, vacillant entre les points de vue époustouflants et les régions au charme égalé que par leur authenticité.

Notre vaillant 1985 cm3 en vit ainsi de toutes les couleurs. Du turquoise à Weggis, au gris anthracite au Pillon, en passant par le doré des cultures de colza. Le tout évidemment ponctué d’éclats rouges «2x NEIN». Une valse de teintes oscillant entre les champs, lacs et montagnes, rythmée par le ronronnement du petit quatre pattes français.

Les plus connaisseurs se rappelleront le système hydropneumatique qui fit la renommée de Citroën dans les années soixante, sublimé lors de ce voyage. Chaque virage, sillonnant entre les chalets à l’architecture typique ou s’engouffrant dans le coude d’une paroi rocheuse bernoise, était contrôlé, maîtrisé. Au détour de routes plus sinueuses, orbitant autour de pics alpins aux noms évocateurs, l’auto se couchait délicatement dans les courbes avant de se redresser, alors que la montagne nous révélait une nouvelle vallée à explorer avec calme et sérénité.

Les radars, d’une incongruité piquante, n’eurent pas raison de nos 84 cv. Si les dépassements devaient être méticuleusement planifiés et nécessitaient de faire preuve d’un certain héroïsme (les plus cyniques parleront de manque de considération), l’absence de vitesse ne rendit ce voyage que plus plaisant. Tant les murs de pierres sèches du Jura, que l’Eiger ou la prairie du Grütli, en passant par les abords de Walenstadt, furent ainsi décortiqués et soigneusement dégustés. Des paysages puissants marqués tant par leur diversité que par leur proximité.

Les sourires amusés des passants n’étaient pas en reste. Un retraité levant son verre à notre passage, un petit garçon tirant la manche de sa mère en nous pointant du doigt. Plus l’auto s’écartait des gros centres urbains, plus elle égayait les badauds.

Les quatre jours s’écoulèrent sans surprise plus vite qu’il ne faut pour l’écrire, et déjà, face à mon écran blafard où mes yeux peinent à distinguer les schémas explicatifs à connaître par cœur, je repense aux paysages helvétiques.

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